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Nouvelle contribution à l'étude des infections expérimentales de la souris par les leishmania tropica

LAVÉRAN Alphonse
publié en 1915

Cette étude clinique et expérimentale de 1915 analyse les manifestations pathologiques de la leishmaniose cutanée chez les rongeurs, spécifiquement induite par le parasite Leishmania tropica. À travers le suivi de plusieurs cas expérimentaux menés sur des souris blanches et une gerbille (Gerbillus hirtipes) originaire de Tunisie, les travaux mettent en évidence les caractéristiques propres à cette souche par rapport à d’autres formes de leishmanioses viscérales, telles que celles causées par L. Donovani ou L. infantum.

Chez les souris blanches inoculées par voie péritonéale, l’infection se traduit initialement par le développement d’une tumeur testiculaire dure et volumineuse, évoluant fréquemment vers la nécrose, l'apparition d'escarres et des ulcérations. À un stade avancé, la maladie engendre de graves complications cutanées et sous-cutanées, caractérisées par des œdèmes et des périarthrites localisées au niveau des articulations tibio-tarsiennes, des tarses, des phalanges et de la queue. Les prélèvements révèlent une accumulation considérable de parasites dans la sérosité de ces tissus infiltrés, provoquant parfois une gangrène sèche extensive. Bien que l’infection viscérale (touchant le foie ou la rate) demeure généralement secondaire ou absente, l'issue est souvent fatale en raison des surinfections bactériennes et des septicémies induites par les lésions. Néanmoins, des cas de guérison spontanée et complète ont été documentés, se traduisant par la disparition totale de la tumeur et l’absence de parasites à l'autopsie.

L’expérimentation sur la gerbille démontre que ce rongeur, commun dans les zones d’endémie du bouton d'Orient, est également réceptif à L. tropica après des inoculations répétées. Les symptômes observés quatorze mois après la première injection comprennent une tuméfaction de l’articulation tibio-tarsienne droite et des ulcérations croûteuses sur le museau, riches en parasites, sans pour autant développer d’infection viscérale généralisée.

En parallèle, des tentatives d'infection par voie digestive ou par l'intermédiaire de puces de souris se sont soldées par des échecs systématiques, suggérant l'inefficacité de ces modes de transmission pour L. tropica. Enfin, comparativement, aucune des quarante-sept souris inoculées avec L. Donovani ou L. infantum n'a manifesté de lésions cutanées, confirmant la spécificité clinique stricte de L. tropica chez ces animaux.

Conclusion

Ces observations établissent la spécificité pathologique de Leishmania tropica chez les rongeurs, caractérisée par des manifestations cutanées et articulaires sévères, localisées et potentiellement réversibles. Elles confirment la distinction nette avec les formes viscérales et permettent d’écarter l’hypothèse d'une transmission digestive ou par puces, tout en ouvrant des perspectives sur la réceptivité de la gerbille en tant que sujet d'étude.