l'Algérie en 1880
MERCIER Ernest
Au début du XIXᵉ siècle, l’expédition française contre Alger est décidée dans un contexte de tensions prolongées avec la Régence d’Alger. Après plusieurs années de blocus maritime, une opération militaire est lancée en 1830. L’armée française débarque à Sidi-Ferruch, progresse rapidement vers la capitale et obtient la capitulation d’Alger le 5 juillet. Cette victoire renverse le pouvoir du dey, mais elle survient sans qu’un projet précis d’organisation ou de conquête du territoire ait été réellement préparé.
À cette époque, l’Algérie est dominée par un système politique issu de la Régence ottomane. Le dey gouverne depuis Alger avec l’appui d’une milice turque et délègue l’autorité dans les provinces à des beys installés à Constantine, Oran et Médéa. Leur pouvoir repose sur la perception de tributs et sur l’appui de chefs locaux chargés de contrôler les tribus. Les populations du pays sont diverses et souvent divisées : groupes berbères des régions montagneuses, tribus arabes installées surtout sur les hauts plateaux, communautés urbaines et minorités issues de divers mélanges. Les rivalités internes entre tribus, villes et groupes sociaux sont fréquentes, tandis que certaines régions, notamment les zones montagneuses, conservent une large autonomie.
Après la prise d’Alger, la présence française se développe progressivement, mais les premières années sont marquées par des hésitations politiques et militaires. Les autorités oscillent entre une occupation limitée du littoral et une conquête plus large de l’intérieur. Cette incertitude entraîne des campagnes irrégulières, des accords avec des chefs locaux et plusieurs revers militaires.
Dans l’ouest du pays, l’émergence d’Abd el-Kader modifie profondément la situation. À partir du milieu des années 1830, ce chef parvient à organiser une résistance structurée et à étendre son influence sur une grande partie de l’intérieur. Les combats alternent alors entre offensives françaises et campagnes de guérilla menées par ses partisans. À partir de 1841, une stratégie militaire plus systématique permet progressivement de réduire cette résistance. La capture d’Abd el-Kader en 1847 marque un tournant décisif.
La domination française continue ensuite de s’étendre vers les régions encore indépendantes, notamment certaines zones montagneuses et des territoires du sud. Au milieu du siècle, après une série d’expéditions militaires et l’installation de postes fortifiés, la majeure partie du territoire est placée sous contrôle français, ce qui met fin à la phase principale de la conquête militaire.
