Le 14 juin 1830, les troupes françaises débarquent à Sidi-Ferruch, marquant le début de la conquête de l'Algérie. Quelques jours plus tard, le 19 juin, un affrontement décisif se déroule sur le plateau de Staouéli, une élévation de terrain dominant la mer et surnommée « la terre des saints » en arabe. C'est à cet emplacement historique, marqué par les combats et d'abord retourné à l'état de désert, qu'un arrêté officiel autorise en juillet 1843 l'établissement d'une colonie agricole par des religieux trappistes.
Sous la direction de leur premier abbé, dom François-Régis de Martrin, les moines prennent possession d'une concession d'État de 1 200 hectares. Les premières années de l'exploitation sont particulièrement éprouvantes. Les pionniers, affaiblis par une alimentation frugale, subissent de plein fouet les ravages des fièvres palustres. La mortalité atteint alors près de dix décès par an, obligeant l'administration à affecter des condamnés militaires pour soigner les malades, tandis que de nouveaux frères arrivent régulièrement de France pour remplacer les défunts.
Après quatre ans d'efforts continus, le sol est assaini et la malaria éradiquée, ouvrant la voie à un développement rapide de la colonie. Les trappistes transforment le domaine en y bâtissant des ateliers, un moulin à farine, une ferme et une abbaye, dont la première pierre est posée par le général Bugeaud sur des vestiges de projectiles militaires. Le monastère, élevé au rang d'abbaye en 1846, s'organise autour d'un grand cloître rectangulaire à double rangée d'arcades. L'activité agricole se diversifie avec succès à travers la culture des céréales, les plantations d'arbres et la viticulture. Forts d'une expérience de près de quarante ans, les procédés développés par les moines s'imposent comme un modèle et un guide pratique pour les nouveaux colons s'installant dans la région.
Conclusion
En somme, l'exploitation de Staouéli représente une expérience pionnière de colonisation agricole en Algérie, où la transformation d'un champ de bataille insalubre en un domaine productif s'est opérée au prix d'un lourd tribut humain avant de devenir une référence technique pour l'agriculture locale.