Civilisation de l'Algérie
de Girardin Emile
En 1860, Émile de Girardin propose une réflexion sur l’avenir de l’Algérie fondée sur une distinction entre colonisation du territoire et civilisation de la population indigène. Il estime que les expériences menées depuis 1830 n’ont pas démontré la viabilité d’une colonisation dirigée par l’État : les dépenses sont considérables, l’immigration européenne demeure limitée et le régime administratif, fortement centralisé et militaire, entrave selon lui l’initiative privée.
Girardin défend donc un régime de liberté économique et politique, permettant aux Européens de venir, d’entreprendre et d’investir sans intervention excessive de l’administration. Il propose de développer les communications, notamment par un réseau ferroviaire, mais souhaite que l’Algérie dispose de ressources budgétaires propres et supporte elle-même l’essentiel de ses dépenses civiles.
Sa priorité demeure toutefois la transformation de la société indigène. Il préconise l’individualisation de la propriété, la disparition des structures tribales et féodales, l’unification du territoire et de la justice, ainsi qu’une simplification radicale de l’impôt, fondée sur la propriété foncière et applicable sans distinction aux Européens et aux indigènes. Il considère l’instruction, les échanges économiques et le développement industriel comme des instruments de cette évolution.
Le débat avec Clément Duvernois fait apparaître un désaccord essentiel : Duvernois estime que la libre colonisation constitue le moyen le plus efficace de transformer l’Algérie et de favoriser l’arrivée d’une population nouvelle, tandis que Girardin doute de la capacité de l’émigration française à fournir un peuplement suffisant. Tous deux se rejoignent cependant sur la nécessité d’un gouvernement local puissant, d’un budget distinct et d’une large liberté.
Girardin préconise finalement une Lieutenance de l’Empereur, installée à Alger, disposant de pouvoirs étendus et exerçant la souveraineté française tout en laissant à l’Algérie une large autonomie administrative. Il considère que cette formule permettrait de privilégier la civilisation des indigènes plutôt que la colonisation du territoire et de sortir du régime administratif qu’il juge responsable des échecs accumulés depuis 1830.
