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Études morales, économiques et politiques sur l'Algérie. Série première.

Barthélemy F.-M.
publié en 1840

En 1840, la question de l’Algérie se trouve à un tournant. La conquête commencée en 1830 a assuré à la France la maîtrise d’Alger et de plusieurs points du littoral, mais l’extension de l’occupation s’est accompagnée d’une guerre devenue presque permanente. L’enjeu n’est plus seulement de conserver des positions militaires, mais de déterminer si la France entend créer en Afrique une implantation durable fondée sur une société civile et sur la mise en valeur du territoire. Deux conceptions sont ainsi opposées : une occupation essentiellement militaire et une colonisation appuyée sur l’agriculture, le commerce, l’industrie et des institutions civiles.

L’analyse souligne que l’autorité exercée par la Régence d’Alger avant 1830 était inégale et limitée dans de nombreuses régions de l’intérieur, où les tribus conservaient une large autonomie. Elle estime que la France a commis une erreur en assimilant sa victoire sur les Ottomans à une reconnaissance automatique de sa souveraineté sur l’ensemble des populations. Les relations initialement établies entre Français et populations indigènes auraient pu, selon cette conception, évoluer vers une coexistence pacifique fondée sur les échanges commerciaux. La multiplication des opérations militaires aurait au contraire favorisé la résistance et contribué à l’ascension d’Abd el-Kader.

Le régime administratif est présenté comme le principal obstacle à cette évolution. Malgré l’existence de services qualifiés de civils, ceux-ci demeurent subordonnés au gouverneur général et, en dernière instance, au ministère de la Guerre. La justice, les finances et l’administration locale sont ainsi décrites comme insuffisamment indépendantes du pouvoir militaire. Cette organisation est jugée défavorable aux colons, à la sécurité des établissements et au développement économique.

La situation matérielle des établissements européens apparaît alors fragile. Des particuliers ont entrepris des travaux agricoles et acquis des propriétés, mais les troubles de 1839 ont compromis une partie de ces réalisations. L’agriculture, l’industrie et le commerce restent peu développés, tandis que les dépenses militaires absorbent une part considérable des ressources. L’assainissement, les infrastructures et la protection des exploitations sont présentés comme des investissements plus susceptibles de consolider durablement l’implantation française.

La solution préconisée consiste donc à substituer progressivement un gouvernement civil au commandement militaire, à limiter l’armée à une fonction auxiliaire et à favoriser la formation d’une société coloniale stable. La colonisation est envisagée à la fois comme un moyen de valoriser les ressources de l’Algérie, de réduire le coût de l’occupation et de renforcer la position de la France en Méditerranée. L’objectif n’est pas l’abandon de la conquête, considéré comme désormais exclu, mais la transformation de son mode d’administration afin de rendre l’établissement français durable