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Promenades archéologiques dans les environs d'Alger

Gsell Stéphane
publié en 1926

Situées sur le littoral de l'Afrique septentrionale, à l'ouest d'Alger, Cherchel et Tipasa incarnent la sédimentation des civilisations phénicienne, berbère, romaine et chrétienne.

L'essor d'Iol-Caesarea et l'empreinte romaine

Initialement comptoir phénicien nommé Iol, le site acquiert une importance politique majeure sous le règne de Juba II (25 av. J.-C. – 23 ap. J.-C.). Élevé à Rome, ce souverain lettré et hellénophile rebaptise sa capitale Caesarea en hommage à l'empereur Auguste. Épaulé par Cléopâtre Séléné, fille de la célèbre reine d'Égypte et de Marc Antoine, il métamorphose la cité en un pôle culturel gréco-romain majeur, doté d'une riche bibliothèque, d'édifices classiques et de statuaires de premier ordre.

En l'an 40 de notre ère, l'assassinat de leur fils Ptolémée par Caligula précipite l'annexion romaine. Caesarea devient la capitale de la Maurétanie Césarienne. Sous le Haut-Empire, notamment sous la dynastie des Sévères, la ville atteint son apogée économique et démographique, comptant au moins 100 000 habitants. Elle s'orne de vastes thermes, d'un théâtre monumental et d'un amphithéâtre.

Tipasa, comptoir commercial et bastion romain

À une vingtaine de kilomètres à l'est, la colonie latine de Tipasa, fondée sous l'empereur Claude, se développe principalement grâce au commerce maritime et agricole. Prospère, elle s'entoure au $II^e$ siècle d'un rempart de 2 200 mètres qui lui permet de résister victorieusement, en 371-372, à la violente insurrection du prince maure Firmus. Un assaut destructeur que la prestigieuse voisine, Caesarea, ne parvient pas à éviter, subissant alors de lourds incendies.

L'ère chrétienne et le déclin antique

Dès le $III^e$ siècle, le christianisme s'implante profondément dans la région, s'affirmant au siècle suivant par l'érection de basiliques et de nécropoles. Le souvenir de sainte Marcienne à Caesarea et de sainte Salsa à Tipasa témoigne de la ferveur locale. En 484, la domination des Vandales ariens marque une rupture tragique : le roi Hunéric persécute les catholiques de Tipasa, contraignant une large part de la population à s'exiler en Espagne. Malgré la reconquête byzantine par Bélisaire en 534, les troubles avec les tribus maures précipitent le déclin des cités.

De la période islamique à l'archéologie moderne

À la suite de la conquête musulmane, les deux cités tombent en ruines. Caesarea, renommée Cherchel, connaît un renouveau partiel au $XVI^e$ siècle grâce à l'afflux de réfugiés andalous, avant de devenir un repaire de corsaires sous la direction des frères Barberousse. Un fort turc y est alors érigé. L'arrivée des forces françaises en 1840 fige la configuration moderne des communes et initie d'importantes fouilles archéologiques.

Les monuments et le patrimoine muséal

Aujourd'hui, la mémoire de cette grandeur passée subsiste à travers deux structures majeures :

  • Le Musée de Cherchel : Inauguré en 1908, il abrite l'une des plus riches collections de statuaires antiques d'Afrique du Nord (dont des répliques de chefs-d'œuvre de Phidias, Praxitèle ou Scopas), des portraits royaux de Juba II et Ptolémée, ainsi que de monumentales mosaïques de la vie quotidienne.

  • Le Tombeau de la Chrétienne : Sur les hauteurs du Sahel, cet imposant monument circulaire à cône gradé, orné de fausses portes et de colonnes ioniques, domine la Mitidja. Exploré en 1865-1866, ce tumulus monumental est historiquement identifié comme le mausolée de la famille royale de Maurétanie.