Etat actuel de l'Algérie. 1880
Gouvernement général de l'Algérie
En 1879 et au 1er octobre 1880, l’Algérie connaît une réorganisation importante de ses institutions et de ses services. Le Gouvernement général, confié à Albert Grévy, affirme la prééminence de l’administration civile sur le commandement militaire, tandis que le service des affaires indigènes est placé sous l’autorité directe du gouverneur général. L’extension du territoire civil et l’unification progressive des méthodes administratives sont présentées comme des objectifs majeurs.
Le développement de la colonisation constitue une autre priorité. L’immigration européenne progresse : en 1879, 102 828 personnes arrivent en Algérie et l’accroissement de la population européenne est évalué à 25 804 habitants. Le programme de colonisation permet l’installation de 700 familles, mais le manque de terres domaniales disponibles conduit à envisager des acquisitions foncières et une combinaison de la vente et de la concession. Parallèlement, les opérations de constitution de la propriété indigène portent sur 177 douars et 1 278 862 hectares à la fin de 1879.
L’économie repose principalement sur l’agriculture, l’élevage, les activités forestières, minières et commerciales. Les cultures sont cependant contrastées, certaines productions industrielles demeurant faibles ou en recul. Le commerce extérieur atteint 424 millions de francs en 1879, avec une progression sensible des importations et des exportations. Les infrastructures connaissent également une expansion : routes, chemins de fer, ports, postes et télégraphes font l’objet d’investissements destinés à améliorer les échanges et à favoriser la mise en valeur du territoire.
Le rapport décrit enfin l’extension des services publics : instruction supérieure et primaire, enseignement destiné aux populations musulmanes, justice, gendarmerie, assistance et établissements hospitaliers. À la fin de 1879, 65 établissements hospitaliers accueillent toutes catégories de malades ; 64 129 personnes y ont été traitées, avec une forte prédominance des affections fébriles. L’ensemble dessine une Algérie en phase de transformation administrative, démographique et économique, où la consolidation des institutions, le développement des infrastructures, la colonisation européenne et l’organisation des rapports avec les populations musulmanes constituent les principaux enjeux de la période.
