La femme en Kabylie
Maunier René
L’étude de la condition féminine en Kabylie examine la place de la femme dans l’organisation familiale, sociale, économique et juridique des communautés kabyles au début du XXe siècle. René Maunier s’écarte de certaines descriptions qui présentent uniformément la femme kabyle comme particulièrement opprimée et souligne l’importance des conditions matérielles dans sa situation. Dans les familles aisées, son activité est principalement domestique, tandis que dans les foyers modestes, elle assume une part considérable du travail productif : tissage, poterie, mouture du grain, puisage de l’eau, travaux agricoles et participation à la construction de l’habitat. Le travail féminin contribue ainsi directement à l’économie familiale.
L’auteur analyse ensuite le mariage et les rapports entre les époux. La femme reste placée sous l’autorité du groupe familial et ne dispose pas des mêmes possibilités que l’homme en matière de décision matrimoniale ou de dissolution du mariage. Le divorce lui est notamment difficilement accessible, tandis que la répudiation relève principalement de l’initiative masculine. Maunier observe toutefois que le régime matrimonial lui laisse, dans certains domaines, une autonomie patrimoniale particulière : certains biens produits ou acquis par elle peuvent demeurer sous son contrôle.
La question successorale occupe une place importante. La coutume kabyle exclut traditionnellement les femmes de l’héritage foncier, contrairement aux règles successorales du droit musulman. Cette pratique est expliquée par la volonté de préserver l’intégrité du patrimoine familial et sa transmission dans la lignée masculine. Maunier évoque également les tentatives de remise en vigueur des règles successorales islamiques et les résistances qu’elles ont rencontrées.
L’étude présente ainsi une condition féminine marquée par une forte subordination sociale et familiale, mais aussi par une participation économique importante et certains espaces d’autonomie dans la vie quotidienne et patrimoniale.
