Histoire ancienne de l'Afrique du Nord. Tome 8. Jules Cesar et l'Afrique. Fin des royaumes indigènes
GSELL SStéphane
Gsell reconstitue minutieusement la situation de l’Afrique proconsulaire au début de la guerre civile (49 av. J.-C.), en combinant l’analyse critique des sources (surtout les Commentaires de César, mais aussi Appien, Dion Cassius, Lucain et Tite-Live) avec une lecture topographique précise des lieux.
Il montre d’abord que, avant même l’ouverture des hostilités, le Sénat sait que le roi numide Juba est hostile à César et favorable à Pompée. L’Afrique, province céréalière essentielle pour Rome, devient donc un enjeu stratégique majeur. Faute de gouverneur officiellement installé, le propréteur par intérim Q. Ligarius laisse s’imposer P. Attius Varus, qui s’empare de fait de la province au nom du camp pompéien, avec l’appui de Juba. Varus lève rapidement trois légions en Afrique, fortifie les ports (notamment Curubis/Clupea) et conclut une alliance militaire avec le roi numide.
Gsell suit ensuite la décision de César d’envoyer C. Scribonius Curion pour reprendre la Sicile puis l’Afrique, afin de couper le ravitaillement en blé des pompéiens. Curion, personnage brillant mais endetté et politiquement engagé auprès de César, part avec une armée en grande partie composée de troupes issues de la capitulation de Corfinium (soldats novices et de loyauté incertaine), appuyées par une cavalerie gauloise et germanique.
Après une traversée difficile, Curion débarque au cap Bon (Anquillaria), oblige la petite escadre pompéienne à se replier et marche vers Utique. Il remporte d’abord des succès locaux (escarmouches de cavalerie, saisie de navires marchands) et installe son camp sur le Bagrada (Medjerda), puis reconnaît les Castra Cornelia, position stratégique héritée de Scipion l’Africain.
Varus sort d’Utique et une première confrontation a lieu près d’un ravin au sud de la ville : les troupes numides sont battues, mais Curion ne peut prendre le camp pompéien. Malgré des défections partielles et une agitation dans son armée, il parvient à galvaniser ses soldats par un discours (recomposé par César). Le lendemain, il inflige une nouvelle défaite à Varus, qui se replie dans Utique.
Curion commence alors le siège d’Utique, mais la situation bascule quand Juba intervient personnellement avec une armée numide. D’abord prudent, Curion se retire aux Castra Cornelia, puis, trompé par de faux transfuges lui annonçant que Juba serait reparti, il décide imprudemment de marcher à la rencontre de l’avant-garde numide commandée par Saburra sur le Bagrada.
Gsell insiste sur ce tournant : une décision stratégique téméraire, prise sous l’effet de la confiance et des rumeurs de victoire de César en Espagne, qui prépare la catastrophe finale (racontée dans la suite du chapitre). L’ensemble du récit articule étroitement politique (alliances, légitimité), stratégie (positions, logistique, blé), et géographie (fleuve, gués, camps, routes) pour expliquer comment l’Afrique devient un théâtre décisif de la guerre civile.
