Bilan de l'Algérie à la fin de l'an 1864
LEBLANC de PRÉBOIS F.
L’ouvrage se présente comme un diagnostic sévère de la situation de l’Algérie à la fin de 1864 et comme un programme de redressement adressé au pouvoir impérial. Leblanc de Prébois part d’une lettre de Napoléon III au maréchal Randon (6 février 1863) qui reconnaît implicitement l’échec partiel de la colonisation et l’humiliation subie par la France face aux résistances indigènes. L’auteur entend prouver que cette crise est réelle, profonde et structurelle.
Dans une première partie, il analyse la situation commerciale. Les importations d’Algérie excèdent largement les exportations, créant un déficit chronique qui ne cesse de s’aggraver (tableau récapitulatif 1834-1864). La colonie dépend massivement de la métropole pour ses approvisionnements, tandis que ses productions (céréales, laine, huile, alfa) s’exportent mal ou à bas prix. Leblanc dénonce la spéculation, l’insuffisance du crédit, l’absence de banques locales solides et l’instabilité des affaires, aggravées par les hésitations administratives.
La deuxième partie porte sur la situation économique et agricole. Selon lui, l’Algérie est « un admirable pays » mais mal exploité : terres vastes et fertiles, mais mal distribuées, mal mises en valeur et souvent livrées à des colons inexpérimentés. Il critique la politique foncière, l’arbitraire administratif, la lenteur des concessions et l’insécurité juridique qui décourage les investissements. Les indigènes, loin d’être intégrés à l’économie coloniale, restent marginalisés, tandis que les colons peinent à survivre.
Leblanc consacre une longue analyse aux routes et voies de communication, qu’il juge indispensables au développement. Il chiffre le coût de construction et d’entretien des routes, estime les rendements agricoles potentiels si l’accessibilité était améliorée, et plaide pour un effort massif d’infrastructures financé par l’État.
Il examine ensuite les moyens d’équilibrer importations et exportations : encourager la production indigène, favoriser les associations de capitaux européens, améliorer les transports, assainir le crédit, et rationaliser l’administration. Il insiste sur la nécessité d’une politique cohérente et continue, plutôt que de mesures fragmentaires.
Enfin, l’auteur critique la centralisation excessive depuis Paris, qu’il juge paralysante. Il demande davantage d’autonomie locale, une administration plus souple et mieux informée, et une véritable stratégie économique à long terme.
En conclusion, Leblanc affirme que, sans réformes profondes — financières, foncières, administratives et infrastructurelles —, l’Algérie court vers la faillite. Le « bilan » de 1864 est donc moins un simple état des lieux qu’un avertissement et un appel à refonder la politique coloniale sur des bases économiques rationnelles.
