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La médecine de colonisation en Algérie

MILLIOT Benjamin
publié en 1893

Milliot présente son texte comme une communication scientifique et administrative destinée à dresser un état des lieux critique de la médecine de colonisation en Algérie et à en proposer une refonte. Il part d’un constat : la colonisation est entrée dans une « nouvelle phase » et l’organisation médicale, pourtant « création toute française », n’est plus à la hauteur des besoins de la colonie. Son propos mêle analyse historique, comparaison internationale et plaidoyer réformateur.

Dans une première partie, il replace la médecine de colonisation dans une perspective comparée. Il montre que, chez les Hollandais (Java), les Espagnols (Cuba), les Anglais (Indes) et les Russes (Asie), le service médical colonial est longtemps resté dominé par les médecins militaires, avec des tentatives tardives et incomplètes de médecine civile. Il souligne partout les mêmes problèmes : insuffisance des effectifs, rémunérations inadéquates, formation inadaptée et forte mortalité des médecins en service colonial. Cette comparaison vise à faire ressortir l’originalité française : la France est, selon lui, la première à avoir organisé méthodiquement une médecine civile de colonisation.

La deuxième partie retrace l’histoire institutionnelle en Algérie. Après des hésitations postérieures à 1830, l’arrêté du 21 janvier 1853 crée les circonscriptions médicales : le médecin de colonisation devient un agent public chargé de soigner gratuitement les indigents, vacciner, tenir des statistiques sanitaires, visiter périodiquement les centres et délivrer des médicaments là où il n’y a pas de pharmacie. Les arrêtés de 1853 et 1861 fixent indemnités, uniforme et hiérarchie en trois classes. L’arrêté de 1878, puis surtout le décret du 23 mars 1883, transforment le médecin en fonctionnaire de l’État bénéficiant de la retraite, mais au prix d’un contrôle administratif renforcé et de la suppression du conseil supérieur d’assistance médicale, que Milliot regrette vivement.

La troisième partie est une critique de la situation réelle des médecins de colonisation. Milliot décrit un métier éprouvant : isolement, déplacements constants, absence d’hôpital et d’aide, tâches de médecin légiste mal reconnues, rapports difficiles avec l’administration, les municipalités et les colons (« trois ou quatre seigneurs »). Il dénonce des effectifs insuffisants (environ un médecin pour 4 000 habitants), des règles d’avancement trop rigides et une retraite tardive (service considéré comme « sédentaire »).

Enfin, il formule des conclusions programmatiques : recrutement par concours, meilleure formation spécialisée (voire création d’une école dédiée), augmentation du nombre de médecins, création d’hôpitaux ou d’ambulances de circonscription, rôle central du médecin dans l’assainissement (drainage des marais), dans le choix des sites de colonisation et dans l’acclimatation des colons. À défaut, il propose soit une médecine plus libre subventionnée par l’État, soit une hiérarchisation complète avec médecins-inspecteurs et rétablissement du conseil supérieur.

L’ouvrage est ainsi à la fois un bilan sévère et un manifeste pour une médecine de colonisation scientifique, hiérarchisée et mieux reconnue, présentée comme indispensable au succès sanitaire et politique de la colonisation algérienne.