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Blida. Récits selon légende, la tradition & l'histoire. Tome 1

TRUMELET C. (colonel)
publié en 1887

Dans la dédicace et les pages liminaires, Trumelet explique le sens de son entreprise : sauver de l’oubli le passé de Blida, ville d’origine indigène dont l’histoire pré-française n’était conservée que par la mémoire orale. Il insiste sur la difficulté de faire parler les témoins arabes, sur la nécessité de la patience et sur les avantages dont il a bénéficié (maîtrise de l’arabe, service chez les Tirailleurs, longues relations avec les anciens fonctionnaires turcs, les marabouts et la tribu kabyle des Bni-Salah).

Il précise sa méthode : croiser traditions légendaires, souvenirs des vieillards et archives militaires françaises à partir de 1838 (date de l’occupation effective de Blida). Son cadre déborde largement la ville pour englober toute une zone historique autour de la Mitidja et du massif des Bni-Salah. Le récit adopte une forme itinéraire et panoramique : depuis le sommet du massif, il évoque successivement les lieux marqués par des faits historiques ou miraculeux, sans suivre strictement l’ordre chronologique.

Le premier grand tableau narratif se déroule au Bois-Sacré (Zenboudj de Sidi Iakoub), ancien cimetière et bivouac transformé en jardin public à l’occasion de la visite annoncée de l’Empereur. Trumelet décrit longuement les vieux oliviers sauvages (zenboudj), porteurs de traces de guerre, symboles de la mémoire du lieu, et oppose leur antiquité à la modernisation coloniale.

Au cœur du récit figure la légende de Sidi Iakoub-ech-Cherif. Marabout venu du Maroc pour le pèlerinage de La Mecque, il aurait campé près de l’oued Sidi-El-Kbir ; à son retour, ses piquets de tente auraient été miraculeusement transformés en oliviers. Sentant sa fin proche, il aurait reçu la visite nocturne de Sidi Ahmed-el-Kbir dans une scène lumineuse et surnaturelle. Il serait mort cette nuit-là, enterré sur place, et une koubba se serait élevée miraculeusement au-dessus de sa tombe. Depuis, le lieu est un centre de ziara (pèlerinage), administré par un oukil, et fréquenté chaque samedi par des fidèles.

Trumelet souligne le mélange constant de légende, religion populaire et histoire, assumant que la fiction a souvent « plus d’attraits que la vérité », tout en cherchant néanmoins à situer le saint vers le début du XVIᵉ siècle.

L’ensemble du tome s’annonce comme une histoire totale de Blida : fondation au XVIᵉ siècle, période turque, guerres de la Mitidja (1830-1842), puis — dans un volume ultérieur — l’histoire coloniale française.