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Blida. Récits selon légende, la tradition & l'histoire. Tome 2.

TRUMELET C. (colonel)
publié en 1887

Trumelet décrit d’abord la formation de la tribu religieuse des Oulad-Sidi-Ahmed-el-Kbir, issue du saint fondateur Sidi Ahmed-el-Kbir. Ses trois fils (Sidi Abd-el-Aziz, Sidi Bel-Abbas, Sidi El-Moubarek) fixent un douar autour de la mosquée et de la zaouya édifiée près de sa tombe. La famille, dotée de la baraka héréditaire, vit surtout des offrandes des fidèles ; avec le temps, elle s’enrichit, s’éloigne de l’idéal de pauvreté du fondateur, puis voit son prestige spirituel s’éroder sous l’effet de la colonisation.

L’auteur consacre une longue partie à la zaouya de Sidi Ahmed-el-Kbir. Jadis centre intellectuel réputé, animé par des marabouts andalous, elle enseignait grammaire, droit, théologie, astronomie, médecine, mathématiques et calligraphie, et jouait aussi un rôle judiciaire, social et caritatif (hospitalité, assistance aux pauvres). Au XIXᵉ siècle, elle n’est plus qu’un msid (école primaire), aux études élémentaires, vivant d’aumônes et de pensions d’élèves. Trumelet détaille son organisation matérielle, la vie quotidienne des tholba, la discipline (y compris la falaka), l’alimentation frugale, et les quêtes saisonnières dans les tribus pour recueillir beurre, miel et céréales.

Le récit se tourne ensuite vers les miracles attribués aux descendants. Après une longue éclipse, le don de thaumaturgie réapparaît chez Sidi Kouïder-el-Arouci : il maudit un hakem turc qui l’a bastonné ; celui-ci meurt dans d’horribles souffrances, donnant à Kouïder le surnom de « Bou-Châala ». Le saint brise aussi miraculeusement les jambes d’un voleur qui avait tenté de lui dérober un trésor enfoui. Son fils Abd-el-Kader, parti en pèlerinage contre sa volonté, provoque une tempête qui cesse dès qu’il est débarqué. Plus tard, son petit-fils Sidi Ahmed-el-Arouci rend aveugle une femme qui refuse de retourner chez son mari.

Trumelet décrit ensuite le cimetière des Oulad-Sidi-Ahmed-el-Kbir : tombeaux serrés, cippos pyramidaux, niches pour lampes et parfums, stèles à turban, épitaphes, et distinction entre sépultures des descendants et celles de leurs serviteurs religieux.

Vient enfin la grande fresque rituelle de la ziara hebdomadaire (samedi) et de l’ouâda annuelle après le Ramadan. Le pèlerinage, très fréquenté par les femmes, suit l’oued Sidi-El-Kbir ; beaucoup marchent pieds nus, certains portent leurs parents sur leur dos. L’oukil organise les offrandes autour du tombeau (bougies, encens, argent, parfois bétail ou drapeaux). Trumelet décrit scènes de ferveur, promesses conditionnelles et « marchés » avec le saint.

L’ouâda (fête annuelle) mobilise toute la Blida musulmane : cortège des notables, mufti, kadhi, ordres religieux, musiciens, drapeaux achetés aux mkoddemin, et décharges d’armes. Arrivés au douar, les hommes participent à la dhifa (grand couscous collectif), puis déposent leurs offrandes ; deux jours plus tard, les femmes tiennent leur propre fête avec chants spirituels (meddah) et percussions.

Au total, Trumelet offre un tableau ethnographique dense où se mêlent histoire locale, légende maraboutique, institutions religieuses, économie de l’aumône et dramaturgie rituelle, révélant le rôle central du culte de Sidi Ahmed-el-Kbir dans la vie religieuse et sociale de Blida.