L'Aumônier du régiment, ou La Conquête d'Alger
de La Rochère (comtesse)
L’ouvrage s’ouvre par un long Aperçu historique sur l’Afrique septentrionale avant 1830. L’autrice décrit d’abord le cadre naturel : un vaste plateau méditerranéen s’élevant vers l’Atlas, une végétation abondante et contrastée, et une faune à la fois riche et dangereuse. Elle évoque ensuite les origines anciennes des populations selon les auteurs antiques (Procope, Salluste) et affirme la persistance, depuis plus de deux millénaires, de deux « races » principales : les Berbères/Kabyles (sédentaires, cultivateurs, attachés au sol) et les Arabes (nomades, cavaliers, vivant sous la tente).
La fresque historique passe par Carthage, Rome et le christianisme antique, soulignant l’importance des évêchés et des conciles avant l’invasion vandale (Ve siècle), présentée comme une période de persécutions ariennes et de désordre. Après la reconquête byzantine, l’instabilité et les révoltes indigènes affaiblissent durablement le pays.
Vient ensuite la conquête arabe (à partir de 647), décrite comme violente et décisive : elle impose l’islam, transforme durablement la région et fait de l’Afrique du Nord un centre de corsairerie, refoulée en partie par Charles Martel (732) puis par les Rois Catholiques en Espagne (1492). L’autrice situe là le début de « l’histoire proprement dite de l’Algérie ».
Elle retrace ensuite la montée de la piraterie barbaresque, les premières interventions espagnoles (Oran, Mers-el-Kébir, Bougie), puis l’ascension des frères Barberousse (Aroudj et Khaïr-ed-Din) : installation à Jijel, prise d’Alger, assassinat du cheikh Salem-ben-Temi, guerres contre Espagnols et tribus, mort d’Aroudj à Tlemcen, puis ralliement de Khaïr-ed-Din à l’Empire ottoman (1518). S’ouvre alors trois siècles de domination turque, marqués par des révoltes, des luttes internes et une corsairerie persistante malgré les expéditions européennes.
Ce tableau sert de prologue au récit romanesque. Le livre suit ensuite Eugène de Saint-Fabien, jeune officier pauvre mais fervent, quittant sa mère veuve à Blénod pour rejoindre l’expédition de 1830. La séparation est peinte avec une forte charge émotionnelle et religieuse.
La narration se déplace à Toulon (25 mai 1830) : description grandiose du départ de la flotte (Duperré, Bourmont), chants militaires et exaltation patriotique. À bord apparaît l’abbé de Granville, aumônier du régiment, figure morale du récit. Il console les soldats malades, puis leur rappelle l’histoire des captifs chrétiens et l’œuvre des ordres rédempteurs (Trinitaires, Mercédaires), notamment à travers l’exemple de saint Vincent de Paul.
L’ensemble articule ainsi trois niveaux :
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une histoire générale et téléologique menant à la conquête française ;
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une légitimation morale de l’expédition (fin de l’esclavage et de la piraterie) ;
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un récit sentimental et édifiant centré sur Eugène et l’abbé, où patriotisme, piété et devoir militaire s’entrecroisent.
