Les français dans le désert : journal historique, militaire et descriptif d'une expédition aux limites du Sahara
Villeroy Alfred
Trumelet présente son livre comme le journal authentique d’une expédition française vers Ouargla (1854), écrit à partir de notes prises sur le terrain et non recomposées a posteriori. Dans les différentes préfaces (1862, 1884, 1887), il explique que l’ouvrage est né de sa jeunesse militaire, de son attirance presque charnelle pour le désert et de son désir de témoigner de ce que peu d’écrivains ont accepté d’affronter : les campagnes sahariennes, longues, silencieuses et éprouvantes.
Il insiste sur la rareté des sources fiables concernant le Sahara algérien. À ses yeux, la France admire trop ce qui est étranger et néglige ses propres expéditions africaines, pourtant décisives. Les guerres européennes produisent des historiographes confortables ; le Sahara, au contraire, n’offre que privations (soif, chaleur, froid nocturne, maladies, sable, vermine), ce qui explique l’absence d’auteurs. Trumelet revendique donc une écriture réaliste, quasi “photographique”, sans embellissements orientalistes.
Le livre poursuit un double objectif :
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Militaire et politique : montrer comment la colonne de Durrieu a matérialisé la souveraineté française à Ouargla et repoussé d’un bond les limites de la domination vers le Sud.
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Ethnographique et descriptive : faire connaître les paysages sahariens (dunes, hamadas, oasis, qsour), la vie des nomades, les marabouts, les croyances, les conflits locaux et les mœurs, en refusant toute idéalisation.
Trumelet assume une certaine sévérité : l’homme lui paraît « laid partout », sous le bernous comme sous l’habit noir. Il veut montrer la véritable épreuve du soldat d’Afrique — marches interminables, discipline, débrouillardise, solidarité — plutôt que des batailles glorieuses. Pour lui, ces “corvées dans les sables” révèlent le soldat du devoir mieux que les guerres spectaculaires d’Europe.
Enfin, il situe l’expédition dans une perspective plus large : la route d’Ouargla pourrait ouvrir vers le Soudan et Tombouctou et, peut-être, relier l’Algérie au Sénégal à travers le pays touareg. Même si ces espoirs commerciaux s’avéraient illusoires, il resterait, selon lui, le mérite d’avoir arraché au désert une part de ses secrets.
