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Les confins militaires de la grande Kabylie sous la domination turque

AUCAPITAINE Henri (baron)
publié en 1867

Les Confins militaires de la Grande Kabylie sous la domination turque (Paris, 1867) du baron Henri d’Aucapitaine est une étude historico-militaire consacrée aux marges de la Grande Kabylie avant et pendant la présence ottomane en Algérie. L’ouvrage vise à expliquer comment s’est structurée cette région frontière, à la fois par la géographie, les rapports de force tribaux et la politique turque.

D’Aucapitaine rappelle d’abord le cadre historique : après la fin de la dynastie hafside, la « nationalité berbère » se serait repliée dans les massifs montagneux de la Kabylie, mieux protégés que les plaines. À l’arrivée des Ottomans, ceux-ci tentent d’imposer une domination nouvelle sur des populations réputées indépendantes et difficiles à soumettre. L’auteur insiste sur le rôle déterminant du Djurjura, présenté comme une véritable forteresse naturelle, cloisonnée par des vallées profondes, des crêtes boisées et des défilés qui rendent toute conquête militaire coûteuse.

Une large part du texte est consacrée à la topographie stratégique : lignes de partage des eaux, vallées (notamment celles de l’Isser et du Sébaou), points de passage, anciens postes fortifiés (bordj) et routes reliant la plaine de la Mitidja aux montagnes. Ces éléments conditionnent, selon l’auteur, la manière dont les Turcs ont tenté de contrôler les Kabyles par un réseau de postes, de kaïds et de prélèvements fiscaux.

D’Aucapitaine analyse ensuite les structures politiques kabyles : confédérations de tribus (Beni-Yezid, Beni-Khelil, Oulad-Bellil, Beni-Abbas, Flissa, Guechtoula, etc.), rivalités internes, solidarités locales et refus récurrent de l’autorité centrale. Il montre comment les Turcs ont exploité ces divisions, en s’appuyant sur certains chefs, en distribuant des faveurs, ou au contraire en menant des expéditions punitives.

Le livre décrit aussi les formes de domination ottomane : organisation militaire, collecte de l’impôt, prise d’otages, installation de garnisons, création de colonies militaires (zmoûls), et contrôle des marchés. L’auteur souligne cependant la fragilité de ce contrôle, constamment contesté par des révoltes et par la nature même du terrain.

Enfin, d’Aucapitaine conclut que la Kabylie n’a jamais été pleinement soumise par les Turcs : sa géographie, son organisation tribale et son esprit d’indépendance ont fait de cette région une zone de tension permanente, située aux marges de l’autorité ottomane et préfigurant les difficultés que rencontrera plus tard la conquête française.