Accéder au contenu principal

Search Mobile


© All rights reserved. Powered by YOOtheme.

Considérations sur la régence d'Alger, en 1831

JUCHEREAU de SAINT DENYS
publié en 1834

Les Considérations statistiques, historiques, militaires et politiques sur la Régence d’Alger (Paris, 1831) du baron Juchereau de Saint-Denys constituent un rapport d’ensemble, à la fois savant et utilitaire, destiné à éclairer le gouvernement français au lendemain de l’expédition de 1830. L’auteur, ancien sous-chef d’état-major de l’armée d’Afrique et fin connaisseur du Levant, revendique une base empirique (observations de terrain, documents recueillis à Alger, sources arabes et européennes) et une visée pratique : évaluer le pays conquis et justifier son occupation permanente.

L’ouvrage s’ouvre par une préface très polémique sur la Régence ottomane d’Alger, décrite comme un État corsaire fondé sur la piraterie, le fanatisme et la violence des janissaires. Juchereau retrace brièvement trois siècles d’affrontements méditerranéens, critique la complaisance des puissances européennes envers les deys, et présente la prise d’Alger en 1830 comme une œuvre de justice et de « civilisation ». Il pose ensuite les questions centrales : faut-il conserver l’Algérie ? comment la gouverner ? et à quels bénéfices pour la France et l’Europe ?

La première grande partie est statistique et géographique. L’auteur décrit minutieusement le relief (chaîne de l’Atlas, Petit Atlas, Tittery, Gétulie), l’hydrographie (Shellif, Isser, Oued-el-Kébir, Mejerdah, etc.), le littoral (rades d’Arzew/Mers-el-Kébir, Bougie, Stora, Alger), les forêts, les minerais, les eaux souterraines du Biled el-Djerid et le climat, jugé globalement salubre et favorable à l’agriculture.

Une seconde partie relève de la géographie historique : rappel de la Numidie antique, des Mauritanies romaines, des villes épiscopales, puis des ravages vandales. Juchereau insiste sur la continuité des Kabyles avec les anciens Gétules et sur l’ampleur des ruines romaines comme preuve d’un passé prospère.

Vient ensuite la géographie politique moderne de la Régence ottomane, divisée en quatre provinces (Alger, Tittery, Constantine, Oran). L’auteur décrit leurs limites, leurs villes principales (Alger, Blida, Médéa, Constantine), leurs tribus, leurs routes de caravanes et le système des beys et des kaïds, jugé arbitraire et prédateur.

Enfin, le livre annonce des développements militaires et politiques : bilan de l’expédition de 1830, moyens de défense, intérêts des grandes puissances, et avantages attendus d’une colonisation agricole et industrielle. L’ensemble forme une expertise complète visant à fonder rationnellement l’occupation française de l’Algérie.