De l'Algérie au point de vue de la crise actuelle
LACRETELLE Charles-Nicolas
L’ouvrage s’ouvre sur un constat alarmant : depuis plusieurs années, l’Algérie subit une succession de fléaux — insurrection, choléra, famine — qui ont profondément déstabilisé la colonie. Lacretelle entend analyser cette « crise actuelle » non pour accabler, mais pour éclairer l’opinion française, qu’il juge mal informée et trop exposée à des jugements partiels ou passionnés.
Dans une première partie, il examine le régime du gouvernement militaire. Il rappelle que l’Algérie a longtemps été administrée sous un régime exceptionnel, justifié par la conquête et la nécessité du maintien de l’ordre. Selon lui, ce régime a assuré la sécurité générale et permis une pacification réelle du Tell, mais il a aussi favorisé des abus, notamment à travers le rôle des bureaux arabes. Il analyse la constitution des tribus et esquisse un portrait du caractère arabe, pour montrer que certaines mesures administratives ont pu fragiliser l’organisation traditionnelle et contribuer à la ruine économique de nombreuses populations.
La deuxième partie traite de la crise proprement dite. Lacretelle insiste sur l’enchaînement des calamités naturelles et politiques, aggravé par des erreurs administratives et par l’insuffisance des travaux publics. Il examine les finances, les semailles, les secours accordés par l’État et les tentatives d’assainissement. Il plaide pour des mesures concrètes : amélioration des routes, aménagement des eaux, soutien à l’agriculture, création de villages agricoles, encouragement de l’épargne et du travail local.
Dans la troisième partie, il compare la situation sociale des indigènes et celle des Européens. Il affirme que l’avenir de la colonie dépend d’une politique conciliant autorité et justice, respect des institutions indigènes et développement économique. Il propose de garantir aux populations arabes des conditions stables de propriété, d’éducation et d’association au travail, afin d’assurer à la fois leur prospérité et celle de l’ensemble colonial.
L’ouvrage se conclut sur l’idée que la crise n’est pas fatale : elle peut être surmontée par une réforme mesurée de l’administration, un effort économique soutenu et une politique soucieuse de l’avenir des indigènes comme de la colonie tout entière.
