Les troupes coloniales. Statistiques de la mortalité
Trumelet C (colonel)
Les Troupes coloniales. Statistique de la mortalité (1897), de F. Burot et M.-A. Legrand, est une étude médico-statistique consacrée à la mortalité des militaires français envoyés dans les colonies. Les auteurs partent du constat que les débats sur les troupes coloniales reposent souvent sur des chiffres imprécis et affirment la nécessité d’une analyse fondée sur des données rigoureuses afin d’identifier les causes réelles des pertes humaines et d’améliorer les conditions sanitaires du service outre-mer.
L’ouvrage adopte une méthode nouvelle pour l’époque : il ne se limite pas aux décès survenus dans les colonies, mais inclut aussi ceux intervenus pendant le retour ou après rapatriement lorsque la maladie a été contractée sur place. Cette approche vise à mesurer plus justement le coût humain de l’expansion coloniale et à comparer les situations selon les territoires, les années et les circonstances militaires ou épidémiques.
Les résultats montrent une mortalité nettement supérieure à celle des armées stationnées en Europe, avec de fortes variations selon les colonies. Les zones d’expéditions militaires récentes — comme le Soudan, Madagascar ou le Tonkin — apparaissent comme les plus meurtrières, tandis que certaines possessions anciennes présentent des taux plus faibles. Les auteurs soulignent que ces écarts dépendent du climat, des conditions sanitaires locales, des campagnes militaires et de l’organisation matérielle des garnisons.
L’étude distingue également les catégories de personnel : officiers, sous-officiers et soldats ne sont pas touchés de manière identique. Les officiers, souvent mieux protégés contre les maladies endémiques, subissent proportionnellement davantage de pertes liées aux combats. L’âge, la durée du séjour et le degré d’acclimatation sont aussi analysés comme facteurs déterminants de la mortalité.
Au-delà des chiffres, le livre défend une idée centrale : la prévention hygiénique constitue le principal moyen de réduire les pertes. En retraçant l’évolution historique de la mortalité dans différentes colonies, les auteurs montrent que les progrès de l’hygiène, du recrutement et du rapatriement ont déjà permis d’importantes améliorations. L’ouvrage se veut ainsi un outil d’appui pour réformer l’organisation sanitaire des troupes coloniales, en s’appuyant sur un siècle d’expérience et sur une analyse statistique détaillée.
