Notice sur le chancre du Sahara
BERTHERAND E. L.
Dans cette Notice sur le chancre du Sahara (1856), E.-L. Bertherand décrit une affection cutanée observée notamment à Biskra et dans les oasis du Zab, que les médecins militaires ont parfois appelée « bouton de Biskra » ou « bouton de Ziban », et que les habitants désignent comme un simple « habb » (bouton). L’auteur propose de la nommer « chancre du Sahara », en raison de son aspect ulcéreux et de son enracinement géographique
La lésion débute par des démangeaisons intenses, suivies de l’apparition d’un petit bouton qui s’accroît, s’épaissit et finit par s’ulcérer. Il se forme alors un ulcère circulaire, à bords saillants et fond séro-purulent, sécrétant une abondante sanie. L’évolution est lente, souvent chronique, pouvant durer plusieurs mois ; la cicatrisation laisse presque toujours une marque indélébile, livide ou violacée. L’affection atteint surtout les populations locales, mais aussi les militaires et Européens récemment installés, tandis que les personnes acclimatées semblent moins exposées.
Bertherand examine diverses hypothèses étiologiques : consommation de dattes, qualité des eaux saumâtres, conditions alimentaires, mais les écarte comme causes suffisantes. Il privilégie une explication climatique et géologique. Il décrit en détail les caractéristiques du nord du Sahara : sol sablonneux ou argilo-calcaire, nappes d’eau salées, forte teneur en chlorures et sulfates, chaleur extrême (écarts thermiques importants entre jour et nuit), sécheresse de l’air, vents chauds du sud, rareté et irrégularité des pluies. Ces facteurs favoriseraient, selon lui, une constitution médicale particulière prédisposant à cette dermatose.
Il distingue cette affection du « bouton d’Alep », bien qu’il reconnaisse certaines analogies. Des observations chez le cheval sont également rapportées. Quant au traitement, les applications locales (caustiques, pommades, substances salines ou sulfureuses) paraissent plus efficaces que les médications internes, sans empêcher la cicatrice définitive qui caractérise la maladie.
