Les Kebaïles du Djerdjera
DEVAUX C.
Publié en 1859 par le capitaine C. Devaux, Les Kebaïles du Djerdjera est consacré aux tribus kabyles établies dans le massif du Djurdjura, en Grande Kabylie. L’auteur indique s’appuyer sur des observations directes recueillies durant ses années de séjour dans la région. Il annonce une double ambition : décrire les mœurs et institutions de ces populations telles qu’elles existaient avant et après la conquête, puis présenter une analyse géographique, statistique et historique du pays.
Les premiers chapitres abordent la question des origines des Kabyles du Djurdjura. Devaux examine l’hypothèse d’une population autochtone très ancienne, distincte des Arabes, et souligne la complexité d’un peuplement issu de strates successives. Il met en avant ce qu’il perçoit comme des traits dominants : attachement à l’indépendance, forte cohésion interne et vitalité des institutions politiques.
L’organisation sociale repose sur l’agrégation de familles (kharouba), formant le village (dechera), puis la tribu (arch), et enfin des ligues plus larges (çoff). L’ensemble constitue une communauté qu’il décrit comme de nature républicaine. Le pouvoir réside dans l’assemblée du village, la djemâa, où chaque membre adulte peut prendre part aux délibérations. Cette assemblée exerce à la fois des fonctions politiques et judiciaires : elle décide de la paix et de la guerre, fixe les corvées et tranche les litiges.
L’exécutif est confié à l’amin, élu par la djemâa. Son autorité demeure étroitement dépendante de la confiance collective : s’il la perd, il doit se retirer. Les élections donnent lieu à de vives rivalités entre familles et factions, parfois attisées ou apaisées par l’intervention des marabouts. Malgré ces tensions, l’auteur souligne la capacité du système à retrouver l’équilibre par la discussion et la recherche d’un compromis.
Une partie importante de l’ouvrage est consacrée à la transcription et à l’explication des noms géographiques kabyles. Devaux s’efforce d’en respecter la prononciation et analyse leurs formes grammaticales, considérant que la toponymie éclaire la géographie et l’histoire locale.
L’ensemble propose ainsi un tableau détaillé des structures sociales, politiques et linguistiques de la Kabylie du Djurdjura au milieu du XIXe siècle.
