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Histoire des villes de la province de Constantine. Bougie

FÉRAUD Charles
publié en 1869

L’ouvrage de Charles Féraud consacré à Bougie s’inscrit dans un projet plus vaste d’« Histoire des villes de la province de Constantine », visant à rassembler et coordonner des matériaux épars afin d’offrir aux habitants une synthèse accessible du passé local. L’auteur revendique une démarche de compilation critique : il mobilise sources antiques, chroniques arabes (notamment Ibn Khaldoun), travaux érudits européens et traditions locales, y compris un manuscrit arabe relatif à l’occupation espagnole, afin de restituer les différentes phases de l’histoire de la ville.

Bougie, l’antique Saldae, est présentée comme l’une des cités les plus anciennes et les plus illustres du littoral nord-africain. Successivement carthaginoise, romaine, vandale, berbère, arabe, espagnole, turque puis française, elle a connu des périodes de grande prospérité et de profond déclin. Capitale hammadite au XIe siècle sous En-Nacer, elle aurait compté une population considérable, de nombreuses mosquées, des collèges réputés et un port actif, ce qui lui valut le surnom de « petite Mecque ». Les descriptions mêlent éléments historiques et légendaires, notamment la prophétie d’un marabout annonçant la ruine future de la ville.

Une large part de l’étude est consacrée à la topographie et aux qualités nautiques du site. Installée au fond d’un golfe semi-elliptique, dominée par le Gouraïa, Bougie bénéficie d’une rade naturellement protégée, en particulier dans l’anse de Sidi-Yahïa, considérée comme l’un des meilleurs mouillages de la côte. L’évolution des techniques navales explique les déplacements successifs du port, du bassin romain à l’anse espagnole, puis vers des projets d’aménagement plus vastes au XIXe siècle.

L’auteur décrit également la ville contemporaine : enceinte réduite par rapport à l’époque médiévale, forts (Kasba, Abd el-Kader, Barrai), rues réaménagées, église édifiée sur un ancien site religieux, marchés et institutions civiles et militaires. La plaine voisine de la Soumam, d’abord insalubre après 1833, est progressivement assainie et mise en culture. Enfin, après la conquête française, Bougie passe du statut de poste militaire isolé à celui de centre administratif et commercial intégré à la province de Constantine, avec des perspectives de développement liées à la pacification de la Kabylie et à l’essor du commerce régional.