Histoire des villes de la province de Constantine. Philippeville
FÉRAUD Charles
Dans ce volume consacré à Philippeville, Charles Féraud retrace l’histoire du site depuis l’Antiquité jusqu’à la fondation de la ville française en 1838. Il rend d’abord hommage aux travaux antérieurs d’E. V. Fenech, puis replace la création de Philippeville dans le contexte stratégique qui suit la prise de Constantine : il s’agissait d’assurer à la capitale de la province une communication directe avec la mer. Après plusieurs reconnaissances, le choix se porta sur le golfe de Stora, jugé plus accessible que Collo. Une colonne commandée par le général Négrier atteignit le littoral en avril 1838, dans un climat de rumeurs et de tensions attisées par les intrigues liées à l’ancien bey. En octobre, le maréchal Valée prit lui-même la direction des opérations et décida d’établir un poste durable sur les ruines de l’antique Rusicada.
La nouvelle implantation, d’abord désignée Fort-de-France, fut rapidement fortifiée et organisée par l’armée. Des colons vinrent s’y installer ; le site reçut officiellement le nom de Philippeville, marquant la volonté de consolider la présence française. L’auteur décrit ensuite le cadre géographique : le golfe de Numidie (Stora), limité par le cap Bougaroni et le cap de Fer, ainsi que les vallées du Safsaf et du Zeramna, alors marécageuses et peu peuplées.
Une large part de l’ouvrage est consacrée à l’ancienne Rusicada. Identifiée par des inscriptions, cette colonie romaine, prospère durant plusieurs siècles, possédait cirque, théâtre, thermes, citernes monumentales et voies reliant Cirta, Hippone et le littoral occidental. Sa disparition est située entre le Ve siècle et l’invasion vandale. Le port de Stora demeura toutefois actif au Moyen Âge, fréquenté par marchands italiens puis français, sans qu’un établissement stable y soit durablement fondé.
Enfin, Féraud esquisse un tableau des populations indigènes du cercle de Philippeville au moment de la conquête : tribus arabes et berbères, divisées en fractions indépendantes, solidaires face aux menaces extérieures. L’ensemble associe analyse stratégique, érudition antique et description régionale pour expliquer la genèse et l’implantation de la ville moderne.
