Le choléra en Algérie. Années 1849 1850 1851
BERTHERAND E. L.
Ce rapport, présenté à la Société de médecine d’Alger, rassemble les observations des médecins sur le choléra en Algérie durant les années 1849, 1850 et 1851. L’étude privilégie une approche pratique : itinéraire du fléau, modes de propagation, symptômes, mortalité, durée et résultats thérapeutiques.
L’épidémie de 1849 débute à Alger fin août, après l’arrivée d’un navire de Marseille. Elle se déclare d’abord dans des établissements militaires, puis s’étend à la ville et aux principales localités des trois provinces (Alger, Constantine, Oran), suivant les axes de circulation militaire et commerciale. Les mouvements de troupes, les transferts de malades et les déplacements de populations jouent un rôle majeur dans la diffusion. Plusieurs médecins défendent l’idée d’une contagion indirecte par infection miasmatique, notamment à partir des déjections ou des foyers hospitaliers, tandis que d’autres invoquent des causes atmosphériques ou locales. Les faits rapportés montrent une propagation de proche en proche, avec cependant des localités restées indemnes, parfois en raison de leur altitude ou des conditions climatiques.
La marche du choléra varie selon les lieux : invasion foudroyante à Douera, progression plus lente à Tlemcen, intermittences liées aux variations de température à Alger. L’épidémie présente souvent trois phases : intensité initiale élevée, atténuation relative, puis transformation des formes cliniques. Les symptômes dominants sont vomissements, diarrhée, algidité et cyanose ; de nombreux décès surviennent en moins de vingt-quatre heures.
La mortalité globale atteint près de 30 000 décès pour une population d’environ 1,5 million d’habitants. Elle frappe différemment civils, militaires et populations indigènes. Dans certains arrondissements, quatre Européens atteints sur cinq succombent ; dans les hôpitaux militaires, la mortalité oscille entre les deux tiers et les trois quarts des malades. La durée générale de l’épidémie s’étend de septembre 1849 à janvier 1850, avec des variations locales ; la durée individuelle est souvent brève, fréquemment inférieure à deux ou trois jours.
L’ensemble du rapport constitue ainsi une vaste synthèse statistique et clinique destinée à éclairer la compréhension scientifique et administrative du fléau.
