Variétés algériennes
DESPREZ Charles
Ce recueil d’articles publiés dans la presse algéroise des années 1865-1866 propose une série de tableaux critiques de la vie urbaine et culturelle d’Alger. Dans « La baraque du père Joly », l’auteur déplore l’implantation d’une guérite disgracieuse sur la place du Gouvernement, lieu central de promenade et d’observation du port. D’abord tolérée au nom de la charité envers un modeste exhibiteur scientifique, la construction, détruite par une tempête puis reconstruite, finit par devenir l’emblème d’une incurie administrative. Transférée sur le nouveau boulevard de l’Impératrice et occupée par un raccommodeur de faïence, elle symbolise, aux yeux du chroniqueur, l’atteinte portée à l’esthétique et à la dignité d’un espace prestigieux.
L’inauguration de la grande synagogue d’Alger donne lieu à une description détaillée de l’édifice, mêlant styles mauresque et byzantin. L’auteur relate la solennité de la cérémonie, la richesse des décors, l’arche sainte et les processions, tout en soulignant l’émotion collective suscitée par l’événement. S’il adopte un ton respectueux envers le culte israélite, il conclut par une réflexion sur l’absence d’une cathédrale chrétienne comparable.
Dans « L’arrosage à Bab-el-Oued », une satire mêle accident, rêverie et utopie. À partir du problème très concret de la poussière et des aménagements défectueux du jardin Marengo et du nouveau lycée, le récit bascule dans un songe où ces espaces deviennent prospères, embellis et célébrés. L’ironie vise les lenteurs, les choix discutables et les faux-semblants municipaux.
D’autres articles abordent la figure d’un chroniqueur disparu, puis la météorologie et le mal de mer. L’auteur critique les prétentions excessives des prévisions scientifiques, avant d’examiner, avec érudition et humour, les remèdes proposés contre le mal de mer, pour finir par exposer sa propre méthode fondée sur l’équilibre corporel. L’ensemble compose une chronique vive, mêlant observation, satire et réflexion sur le progrès urbain et scientifique.
