Mémoire à l'Assemblée nationale pour la colonisation de l'Algérie et l'amélioration du régime pénitentiaire,
AURELY M. A.
Ce mémoire adressé à l’Assemblée nationale en 1871 propose de lier la colonisation de l’Algérie à une réforme profonde du régime pénitentiaire. L’auteur suggère la création de pénitenciers agricoles de 300 hectares chacun, fondés par des capitaux privés, comprenant bâtiments de détention, installations agricoles, encadrement administratif et surveillance. Les domaines seraient mis en valeur en quatorze ans, puis partagés entre l’État et les investisseurs. L’État rémunérerait une journée de détention, tout en exerçant un simple contrôle moral, laissant la gestion matérielle à l’initiative privée.
L’objectif est double : implanter en Algérie des noyaux de villages français issus du travail pénal et remédier aux insuffisances du système carcéral. L’auteur critique sévèrement l’emprisonnement en maisons centrales, jugé corrupteur et inefficace contre la récidive. S’appuyant sur des rapports administratifs et des prises de position contemporaines, il affirme que la promiscuité, le travail industriel parcellaire et l’isolement social aggravent la dégradation morale des détenus.
À l’inverse, le travail agricole en plein air, combiné à l’isolement nocturne individuel, favoriserait discipline, santé et amendement. Les dortoirs collectifs seraient supprimés ; la nourriture améliorée ; les récompenses prendraient la forme de remises de peine ou de concessions de terres en Algérie, plutôt que d’allocations en argent, jugées propices à la rechute. Chaque établissement accueillerait environ 300 détenus, encadrés par un personnel réduit mais structuré.
L’auteur invoque l’expérience des pénitenciers agricoles corses (Ajaccio, Chiavari, Casabianda), présentée comme probante quant à la sécurité et à la productivité. Selon lui, la majorité des détenus, issus du monde rural, seraient aptes aux travaux de la terre. Le projet permettrait de transformer une dépense pénitentiaire annuelle importante en investissement productif, tout en contribuant au redressement démographique et économique de la France par la colonisation algérienne.
