Projet de colonisation de l'Algérie
KREMER J. P. (chirurgien militaire)
Ce Projet de colonisation de l’Algérie (1848) propose un système organisé de fermes-colonies fondé sur l’association temporaire du travail. L’auteur part du constat que la colonisation ne peut réussir sans organisation collective, capitaux publics et discipline. Il rejette à la fois l’isolement des colons et les utopies égalitaires permanentes : la vie en communauté serait limitée à cinq ans, afin de concilier efficacité économique et accès ultérieur à la propriété individuelle.
Chaque ferme-colonie regrouperait environ 200 à 250 hommes célibataires, âgés de 20 à 30 ans, répartis en brigades agricoles et artisanales. Un encadrement administratif complet est prévu (directeur, médecin, vétérinaire, aumônier). L’État fournirait terres (3 000 hectares par ferme), matériel, bétail, semences, vivres pour cinq ans, ainsi qu’une avance financière. Les colons travailleraient en commun, sous discipline réglementée, avec instruction élémentaire et formation agricole.
L’établissement comprendrait une grande culture divisée en assolements (blé, orge, fourrages, tabac), des jardins, une pépinière et des pâturages. Au terme des cinq années d’association, les terres cultivées, maisons, instruments et troupeaux seraient partagés par tirage au sort entre les colons. La colonie deviendrait alors municipalité autonome, dotée d’un conseil élu, d’une église et d’institutions communales.
Le remboursement des avances de l’État serait assuré par une part des récoltes, notamment du tabac, durant les premières années. Des règles précises encadrent salaires, indemnités, discipline, soins médicaux et conditions de mariage. Tous les hommes seraient armés pour contribuer à la défense territoriale.
Le projet exclut les familles durant la phase communautaire, sauf un nombre limité de femmes encadrées, et envisage aussi l’emploi de détenus libérés dans des établissements analogues. L’ensemble vise à créer une colonisation agricole structurée, financée et progressivement transformée en propriété privée stable
