Par les colons. L'Algérie aux algériens et par les Algériens
ESPÉ de METZ
Dans Par les Colons. L’Algérie aux Algériens et par les Algériens (1914), G. Espé de Metz expose une conception explicitement « aristocratique » du régime politique algérien. Constatant l’inégalité d’évolution entre populations européennes et musulmanes, il estime impossible l’égalité politique immédiate et défend la prépondérance institutionnelle des Français d’origine, sur les plans matériel, politique et moral. Cette supériorité devrait être garantie par des privilèges fiscaux, une majorité électorale assurée et des préséances symboliques.
Cependant, il affirme qu’un régime aristocratique viable ne peut être fermé : la classe dirigeante doit s’ouvrir partiellement afin de susciter l’émulation et d’intégrer, selon des critères définis, certains indigènes. Il propose ainsi un système hiérarchisé de naturalisations et de droits électoraux gradués (naturalisés complets, demi-naturalisés, électeurs à vie ou à temps), afin d’associer une minorité musulmane à la vie politique tout en maintenant la prépondérance française.
L’auteur analyse la formation d’un « bloc » musulman, qu’il juge presque inévitable sous l’effet de la solidarité religieuse, de la diffusion de l’instruction et de la conscription. Il considère que la politique française a à la fois consolidé l’islam traditionnel et favorisé l’émergence d’aspirations libérales chez les élites musulmanes. Plutôt que de réprimer ces évolutions, il recommande d’en prendre l’initiative afin d’éviter qu’elles ne se retournent contre les colons.
L’ouvrage plaide enfin pour que les colons assument eux-mêmes la gestion de la « question indigène », dans un esprit de dialogue direct entre Européens et musulmans, sans dépendance excessive envers la métropole. L’autonomie algérienne est envisagée comme horizon, à condition qu’elle préserve l’influence française. L’auteur appelle à un accord pragmatique garantissant à la fois la tranquillité du pays et la continuité de la prépondérance française.
