La conquête totale de l'Algérie. 1839-1843
VALEE, Bugeaud, SOULT
Ce texte étudie la phase dite de « conquête totale » de l’Algérie entre 1839 et 1843, en mettant l’accent sur l’articulation entre direction politique et conduite militaire. Après la rupture du traité de la Tafna par Abd-el-Kader et la reprise générale des hostilités à l’automne 1839, l’idée d’une occupation limitée est abandonnée au profit d’une domination intégrale du territoire de l’ancienne régence. L’ouvrage montre comment cette inflexion résulte à la fois des événements militaires et des débats internes au gouvernement français.
Le maréchal Valée, gouverneur général, avait conçu un plan progressif visant à sécuriser la région d’Alger puis à refouler les forces adverses vers l’ouest. Mais les hésitations ministérielles, les rivalités politiques et la crise orientale de 1840 limitèrent d’abord les moyens engagés. Le rappel de Valée et la nomination de Bugeaud à la fin de 1840 ouvrent une nouvelle phase. Des instructions précises définissent alors un programme combinant guerre méthodique, organisation administrative et développement de la colonisation.
Bugeaud met en œuvre une stratégie fondée sur la mobilité des colonnes, la concentration des forces, la destruction des ressources de l’adversaire et la limitation des postes fixes. Les campagnes de 1841 et 1842 assurent la maîtrise des communications entre Alger, Oran et Constantine, multiplient les soumissions de tribus et réduisent progressivement l’influence d’Abd-el-Kader. Parallèlement, des mesures administratives structurent les territoires occupés, encadrent les autorités indigènes et organisent la colonisation civile, malgré des divergences persistantes entre le gouverneur et le pouvoir central.
La prise de la smala en mai 1843 marque un tournant décisif : le prestige de l’émir est atteint, les résistances s’affaiblissent et l’unité territoriale de l’Algérie française devient effective. L’auteur souligne toutefois que ces succès résultent d’une collaboration étroite entre Bugeaud et le président du Conseil, dont l’action politique, financière et administrative rendit possible la conquête intégrale.
