Considérations générales sur la Régence d'Alger
POULLE Emmanuel
Cet ouvrage examine, au lendemain de la conquête de 1830, la situation politique et administrative de la Régence d’Alger et les principes qui devraient guider la France dans la conduite de cette nouvelle possession.
L’auteur rappelle d’abord l’origine de la guerre, déclenchée à la suite d’un incident diplomatique, et affirme que la victoire confère à la France un droit de souveraineté fondé sur le droit de la guerre. Il soutient que la conservation de l’Algérie ne peut être jugée à l’aune de seuls calculs financiers : la position stratégique d’Alger en Méditerranée, la sécurité du commerce, le développement maritime et le prestige national justifieraient le maintien de la conquête.
Il critique toutefois les hésitations et les erreurs de l’administration française. Il condamne certaines pratiques de guerre, notamment les mutilations commises par des alliés indigènes, et estime qu’un pouvoir se réclamant de la civilisation doit imposer des règles conformes aux lois européennes. Il invite également à tirer les leçons du régime turc, qui s’était contenté d’exercer la souveraineté sans s’approprier le sol, laissant aux tribus la culture des terres et leurs institutions.
L’auteur présente comme modèle l’administration de Bonaparte en Égypte : respect des propriétés, des lois religieuses et des autorités locales, perception de l’impôt sans dépossession foncière, limitation de l’ingérence des conquérants dans la société indigène. À ses yeux, vouloir imposer trop rapidement les institutions françaises ou encourager une colonisation extensive serait une faute.
Il souligne la permanence des mœurs arabes, qu’il rapproche de celles des anciens Numides, et doute de la possibilité d’une transformation rapide. Il critique enfin les projets d’occupation restreinte par mur ou fossé autour de la Mitidja, jugés coûteux et inefficaces, ainsi que l’idée d’un débouché nécessaire pour un excédent de population française, estimant que la métropole dispose encore de vastes ressources inexploitées.
