Constantine au XVIe siècle. Elévation de la famille El-Feggoun
MERCIER Ernest
Ce mémoire retrace l’histoire de Constantine au XVIᵉ siècle à travers l’élévation de la famille des Ben el-Feggoun et l’évolution des rapports de pouvoir dans la ville. L’auteur décrit d’abord la situation antérieure : sous la suzeraineté hafside, Constantine vivait dans une autonomie relative, dominée en réalité par des tribus arabes du Sud qui, profitant de l’affaiblissement des dynasties berbères, imposaient tributs et exactions. Cette prépondérance tribale s’exerçait au détriment de la population urbaine et contribuait à une instabilité chronique.
Au début du XVIᵉ siècle, une famille religieuse influente, les Oulad Abd el-Moumen, occupait une position centrale grâce au titre de cheïkh el-islam et à la charge d’émir er-rekeb, responsable de la caravane des pèlerins vers La Mecque. Ces fonctions, à la fois spirituelles et honorifiques, leur conféraient un prestige considérable et les plaçaient au-dessus des luttes politiques locales.
L’établissement de la domination ottomane après la prise d’Alger modifia cet équilibre. Les Turcs, cherchant des appuis locaux, s’efforcèrent de s’appuyer sur les grandes familles religieuses. Des révoltes éclatèrent à Constantine contre la garnison turque, suivies de répressions sévères. Dans ce contexte, la famille Abd el-Moumen perdit progressivement ses prérogatives, accusée d’hostilité envers le nouveau pouvoir.
La famille des Ben el-Feggoun, jurisconsultes établis de longue date à Constantine, accéda alors aux principales charges religieuses. Investis par diplômes successifs des pachas et des beys, ils cumulèrent les fonctions d’imam de la grande mosquée, de cheïkh el-islam et d’émir er-rekeb. Les actes reproduits dans l’ouvrage détaillent leurs privilèges : administration des biens religieux, exemptions fiscales, revenus de marchés, autorité sur la caravane des pèlerins et droit d’asile étendu à leur demeure.
Ainsi, l’étude montre comment, dans le cadre du pouvoir ottoman, une famille savante locale consolida son autorité religieuse et sociale, traversant les siècles jusqu’à la prise de Constantine en 1837, tout en s’insérant dans l’ordre politique établi.
