Poème de çabi
BASSET René
Ce document présente l’édition d’un poème religieux en dialecte chelha, accompagnée d’un texte en caractères arabes, d’une transcription latine et d’une traduction française. L’introduction dresse d’abord un état des lieux de la littérature berbère écrite, en soulignant que le chelha du Maroc et le zouaoua d’Algérie sont les principaux dialectes à posséder une tradition manuscrite relativement abondante. Sont mentionnés des traités religieux, des commentaires, des contes et divers manuscrits conservés dans des bibliothèques, ainsi que quelques travaux imprimés. L’auteur décrit aussi les caractéristiques linguistiques du chelha : système graphique adapté de l’arabe avec signes additionnels, particularités phonétiques, formes pronominales, conjugaison verbale proche du zouaoua, formation des pluriels internes et externes, numération traditionnelle et procédés dérivatifs.
Le poème lui-même, très répandu dans la région du Sous, est composé en vers syllabiques et structuré par une formule récurrente de bénédiction sur le Prophète, qui marque les divisions internes. Il raconte l’histoire de Çabi, jeune homme pieux dont les parents, morts alors qu’il était enfant, sont condamnés aux peines de l’enfer en raison de leurs fautes : négligence religieuse, désobéissance et crimes. Devenu savant et lecteur du Coran, Çabi obtient, par sa foi et son intercession, d’être introduit au paradis, puis implore la miséricorde divine pour son père et sa mère. Le récit décrit le Jugement dernier, la pesée des actions, les tourments infernaux et les récompenses célestes, opposant les pécheurs trompés par le monde aux croyants fidèles. Finalement, par grâce divine et en considération du mérite du fils, les parents sont délivrés et admis au paradis. L’ensemble mêle exhortation morale, enseignement religieux et expression poétique populaire.
