Recherches sur la religion des berbères
Basset René
Ce travail propose une reconstitution de la religion ancienne des Berbères à partir de données linguistiques, des témoignages antiques et surtout de l’épigraphie. L’auteur souligne d’emblée la difficulté de l’enquête : l’unité linguistique des populations berbères ne correspond pas à une unité religieuse, et les sources directes font défaut en raison du déchiffrement incomplet des inscriptions libyques. Il faut donc recourir à des textes grecs, latins ou arabes, souvent imprécis sur la part indigène des croyances.
La religion berbère apparaît étroitement liée aux forces de la nature. Les montagnes, en particulier l’Atlas, furent tenues pour sacrées ; certaines étaient regardées comme le siège d’une puissance divine. Les rochers, grottes et cavernes faisaient également l’objet de cultes, comme l’attestent des sanctuaires rupestres et des inscriptions dédiées à des divinités locales. Les sources et les fleuves étaient placés sous la protection de « génies », terme latin qui traduit probablement des entités autochtones.
Les astres occupaient une place importante. Le soleil fut largement adoré, parfois sous la forme symbolique du bélier ou associé à Ammon/Hammon. La lune et certaines constellations jouaient aussi un rôle religieux ou mythique, comme le montrent les traditions conservées chez les Touaregs et les populations des Canaries. Les récits relatifs aux Pléiades, à Orion ou à la Grande Ourse témoignent d’une cosmologie riche, mêlant observation céleste et légendes.
À côté de ces cultes naturels, l’épigraphie révèle une multiplicité de divinités locales, parfois qualifiées de « Dieux Maures » ou de « dieux patries ». Leur nature demeure incertaine : certaines pourraient être des dieux indigènes assimilés aux divinités romaines ou puniques, d’autres des figures issues de syncrétismes successifs. L’ensemble dessine une religion polythéiste, souple et diverse, profondément enracinée dans le paysage et progressivement transformée par les influences phénicienne, romaine puis chrétienne et islamique.
