Domination et colonisation
HARMAND Jules
Cet ouvrage développe une réflexion générale sur la politique coloniale et sur les conditions permettant à une puissance européenne d’exercer durablement sa domination sur des territoires extérieurs. L’auteur cherche à définir les principes qui doivent guider l’expansion coloniale de la France, en tenant compte à la fois des contraintes politiques de la métropole et des réalités propres aux sociétés colonisées.
Il soutient d’abord que l’expansion coloniale répond à une nécessité stratégique pour la France, placée dans une situation particulière entre ses engagements continentaux et ses ambitions outre-mer. Dans un monde marqué par la concurrence entre puissances, les colonies doivent renforcer l’influence, la sécurité et la prospérité de la métropole. Cependant, elles ne doivent pas devenir un poids financier ou militaire : leur organisation doit leur permettre de subvenir à leurs propres besoins et de contribuer à la puissance générale de l’État.
L’auteur critique ensuite la doctrine de l’assimilation, qu’il considère comme l’une des principales erreurs de la politique coloniale française. Assimiler les colonies à des provinces du territoire national et leur appliquer les mêmes institutions administratives et politiques conduit selon lui à des contradictions et à des difficultés de gouvernement. Les sociétés colonisées possèdent des structures, des traditions et des conditions historiques différentes, qui rendent impossible leur intégration complète dans la nation métropolitaine.
À la place, il propose de considérer les territoires coloniaux comme des dépendances distinctes de la patrie, administrées selon des règles adaptées à leurs réalités locales. Leur gouvernement devrait reposer sur une large autonomie administrative, financière et économique, tout en maintenant une dépendance politique vis-à-vis de la métropole. Cette organisation permettrait aux colonies de développer leurs ressources, d’assurer leur défense et de devenir des instruments de puissance pour l’État qui les dirige.
L’ensemble de l’ouvrage vise ainsi à établir une doctrine de domination coloniale fondée sur l’utilité politique et économique, l’adaptation des institutions aux sociétés gouvernées et la recherche d’un équilibre entre autonomie locale et autorité impériale.
