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Exploration anthropologique de la Khoumirie

BERTHOLON (ex médecin major du 4ème zouaves)
publié en 1892

L’exploration anthropologique et ethnographique du nord-est de la Tunisie, entre la Méditerranée, la Medjerda et la frontière algérienne, révèle une mosaïque humaine complexe où s’entremêlent fonds berbère et apports arabes. Ce territoire, divisé entre la Khoumirie montagneuse à l’ouest et la Mogodie à l’est, abrite une population d’environ 65 000 habitants répartis en une vingtaine de tribus aux origines diverses.

Les données démographiques soulignent une vitalité remarquable, particulièrement dans les plaines plus prospères, malgré les difficultés liées au dénombrement. Les traditions orales, souvent centrées sur des figures maraboutiques fondatrices, font remonter l'ancienneté des groupes aux premiers temps de l'Islam ou à des migrations successives. Les Khoumirs, par exemple, sont rattachés tantôt à une origine arabe ancienne, tantôt à des débris de confédérations religieuses du Sud tunisien s'étant mêlés aux populations berbères locales.

La région se caractérise par une grande mobilité historique. Des tribus comme les Fatnassas ou les Amdouns intègrent des éléments venus du Maroc, d'Algérie (notamment les Ghérabas de la région de Djidjelli) ou d'autres zones de la Tunisie. À Béja, carrefour régional, le brassage est encore plus marqué : aux populations rurales s'ajoutent des descendants de Turcs, des communautés juives et, plus récemment, des Européens attirés par le développement des infrastructures.

Cette étude met en évidence que l'identité de ces tribus n'est pas figée mais résulte d'un processus continu d'assimilation et de transactions foncières. Loin d'être des isolats, ces communautés de montagne et de plaine témoignent d'une histoire riche en échanges, où les alliances et les migrations ont façonné un paysage social original et diversifié.