Formation des cités chez les populations sédentaires de l’Algérie
Masqueray E.
L'étude de la formation des cités chez les populations sédentaires d'Algérie, notamment les Kabyles du Djurdjura, les Chaouïa de l'Aurès et les Beni Mezâb, révèle une organisation sociale d'une grande complexité, fondée sur des structures démocratiques et communautaires ancestrales. Loin d'être des groupements fortuits, ces sociétés sont régies par des mécanismes politiques où la cellule de base est la famille, intégrée dans un quartier (kharouba), lui-même composante de la cité (thaddart ou qçour).
La vie publique de ces cités repose sur une assemblée délibérante, la Djemaâ, qui détient les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Cette organisation garantit une autonomie locale forte, où le respect des coutumes et des règlements intérieurs (kanouns) assure la cohésion sociale. Le système est conçu pour prévenir la concentration du pouvoir entre les mains d'un seul individu, privilégiant le consensus et la responsabilité collective. Les cités s'organisent souvent en confédérations, permettant une solidarité élargie face aux enjeux extérieurs tout en préservant l'indépendance de chaque unité villageoise.
Une comparaison historique permet de rapprocher ces structures sociales des cités primitives de l'Antiquité, comme la Rome archaïque. On y retrouve des similitudes frappantes dans la répartition des groupes (curies ou tribus) et dans l'importance accordée au droit coutumier. Que ce soit dans les montagnes de Kabylie ou dans les oasis du M'zab, l'attachement au sol et à la propriété communautaire forge une identité sédentaire résiliente.
En somme, ces cités représentent un modèle original de cité-état africaine, où l'équilibre entre les intérêts privés et le bien commun est maintenu par une vigilance démocratique constante. Cette analyse souligne la pérennité de structures sociales capables d'évoluer tout en conservant les principes fondamentaux de leur organisation interne, témoignant d'une civilisation urbaine et rurale profondément enracinée.
