Géogénie du double massif du Sahel d'Alger
BOURJOT A. A.
L’étude de la géogénie du littoral algérois, et particulièrement du double massif du Sahel, révèle une architecture géologique complexe dont la formation résulte de puissants mouvements tectoniques et de cycles sédimentaires successifs. Cette zone charnière, s'étendant du cap Matifou au cap Caxine, constitue un ensemble où les reliefs tourmentés racontent l'histoire d'une instabilité ancienne de l'écorce terrestre dans le bassin méditerranéen.
Le socle du Sahel d'Alger est principalement composé de terrains métamorphiques anciens, sur lesquels se sont déposées d'épaisses couches de sédiments marins. La distinction entre les "argiles sahéliennes" et les formations de molasses calcaires est fondamentale pour comprendre la morphologie actuelle du paysage. Ces argiles bleues, souvent fossilifères, témoignent d'une période d'immersion profonde, tandis que les bancs de molasse et de calcaire grossier marquent des phases de retrait marin et d'émersion. Le soulèvement de ces masses rocheuses a créé des belvédères naturels, tels que le massif de la Bouzaréah, qui domine la baie d'Alger de sa structure cristalline.
L'analyse des promontoires et des lignes de rivage met en lumière l'action érosive de la mer et l'influence des dykes éruptifs qui ont localement traversé les couches sédimentaires. Ces intrusions de roches ignées ont durci les terrains environnants, façonnant les caps et les pointes qui segmentent la côte. L'étude des terrasses marines étagées confirme par ailleurs que le littoral a connu des variations de niveau significatives, dues tant aux changements climatiques globaux qu'à des exhaussements localisés du sol.
En somme, la géogénie d'Alger ne se limite pas à une simple description lithologique ; elle offre une clé de lecture pour l'aménagement du territoire. La nature des sols, entre stabilité des calcaires et plasticité des argiles, dicte les contraintes de construction et l'exploitation des carrières. Cette connaissance scientifique des structures invisibles du sous-sol demeure indispensable pour saisir l'évolution d'un paysage urbain et naturel en perpétuel dialogue avec la géologie.
