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Géographie médicale d'Alger et de ses environs

BONNAFONT M. (Chirurgien aide-major de l’armée d’Afrique;)
publié en 1839

L’analyse de la géographie médicale d’Alger et de ses environs au cours de la première moitié du XIXe siècle met en lumière l’interaction déterminante entre les facteurs environnementaux et la santé publique. Dans un contexte de transition climatique et sociale, l’étude du milieu physique — topographie, régime des vents et nature des eaux — devient le préalable indispensable à toute pratique médicale et à l’aménagement urbain.

La région d’Alger se caractérise par des conditions sanitaires contrastées. Si la ville haute, bien ventilée, bénéficie d’une relative salubrité, les zones basses et les plaines environnantes, comme la Mitidja, sont marquées par une insalubrité chronique. L’omniprésence des zones marécageuses et les émanations qui en résultent sont identifiées comme les causes principales des fièvres intermittentes. Les observations cliniques soulignent également l’influence du sirocco, vent du désert dont la chaleur sèche modifie brutalement les fonctions physiologiques, et des brouillards intenses qui favorisent les affections bronchiques.

Sur le plan de l'hygiène, les recherches de l'époque préconisent des mesures de prophylaxie rigoureuses : dessèchement des marais, alignement des rues pour favoriser la circulation de l'air et blanchiment des murs à la chaux pour limiter l'humidité. La mortalité et la morbidité font l'objet de relevés statistiques précis, révélant des disparités selon les modes de vie et l'adaptation au climat. La question de l’acclimatation est centrale, suggérant que la survie des nouveaux arrivants dépend d'une transition raisonnée et d'une hygiène de vie adaptée aux rigueurs thermiques de l'Afrique du Nord.

En conclusion, cette approche de la médecine par la géographie définit la santé comme le résultat d'un équilibre entre l'homme et son milieu. Elle jette les bases d'une gestion sanitaire moderne où la transformation du paysage — par le reboisement et l'assainissement — est perçue comme le seul remède durable contre les endémies locales. Ce savoir médical, fondé sur l'observation directe, témoigne d'une volonté de maîtriser les contraintes naturelles pour assurer le développement pérenne des populations.