Histoire de la seconde république française. Tome 1
de La Gorce Pierre
L'année 1848 marque une étape fondamentale dans l'histoire de l'Algérie, dont le destin s'articule désormais étroitement avec les mutations institutionnelles de la Seconde République française. Sous l'impulsion du nouveau régime, le territoire rompt avec son statut de possession militaire pour être officiellement intégré à la République. Cette décision se traduit par la départementalisation du pays, divisé en trois entités — Alger, Oran et Constantine — et par l'octroi d'une représentation parlementaire, symbolisant une volonté d'assimilation administrative et législative inédite.
Cette période de transition voit s'opposer deux visions de la gouvernance coloniale : celle des « Bureaux arabes », partisans d'un contrôle militaire protecteur des structures sociales indigènes, et celle des partisans d'un régime civil, porté par une population européenne en pleine croissance. Pour stabiliser cette conquête et répondre à la crise sociale en métropole, le gouvernement favorise l'envoi de colons, notamment des ouvriers parisiens des Ateliers nationaux. Bien que ces tentatives de colonisation agricole se heurtent à des conditions sanitaires et climatiques extrêmement rudes, elles marquent le début d'un ancrage civil permanent sur le sol africain.
Sur le plan militaire, si la reddition d'Abd el-Kader a mis fin aux grandes coalitions, la pacification reste précaire. L'armée, dirigée par des figures comme Cavaignac ou Herbillon, doit faire face à des résistances locales opiniâtres, à l'image du siège de l'oasis de Zaatcha en 1849. Ces campagnes, menées avec une grande rigueur, visent à sécuriser les confins sahariens et les zones montagneuses, tout en affirmant la souveraineté française face aux insurrections tribales.
Conclusion La période 1848-1849 consacre le passage de l'Algérie d'un protectorat militaire de fait à une province française de droit. Cette mutation, bien que complexe et traversée de tensions entre civils et militaires, jette les bases d'un modèle administratif qui définira les relations entre les deux rives de la Méditerranée pour le siècle à venir.
