Histoire de Bône
Bouyac René
Cette synthèse historique retrace l’évolution de la ville de Bône (l’antique Hippone), depuis ses origines antiques jusqu’à la fin du XIXe siècle, en s'appuyant sur les recherches documentaires publiées en 1891.
Des origines phéniciennes à l’éclat romain
Fondée vers le XIe siècle av. J.-C. par les Phéniciens sous le nom d’Hippo, la cité n’est à l'origine qu’un modeste comptoir commercial. Idéalement située sur le littoral africain, elle passe sous l’influence de Carthage avant de devenir une résidence privilégiée des rois numides, dont le célèbre Masinissa. Après la chute de Carthage, elle s’intègre à l’Empire romain sous le nom d’Hippo-Regius. Érigée en colonie, elle se transforme en une cité opulente, véritable « grenier de Rome », dotée d'aqueducs, de thermes et de palais somptueux.
Le foyer de la chrétienté et la chute d'Hippone
Au IVe siècle, Hippone devient un centre spirituel majeur sous l’impulsion de son évêque, Saint Augustin. Durant trente-quatre ans, il y prêche et y rédige une œuvre monumentale qui rayonnera sur tout l'Occident. Cette période de splendeur prend fin tragiquement en 431 : après un siège de quatorze mois au cours duquel meurt Augustin, les Vandales de Genséric s'emparent de la ville et la détruisent par le feu.
Entre dominations successives et occupation française
Après une brève période byzantine, la ville décline avant de renaître sous le nom de Bône durant l'ère musulmane. Au XVIe siècle, l'occupation éphémère par les troupes de Charles Quint illustre l'intérêt stratégique de sa citadelle (la Casbah). Par la suite, la France y établit des comptoirs commerciaux pour la pêche du corail et le commerce des grains.
En 1832, après plusieurs tentatives infructueuses, le capitaine Yussuf et le capitaine d'artillerie d'Armandy s'emparent de la Casbah avec une poignée d'hommes, marquant le début de l'administration française. Les décennies suivantes sont consacrées à la pacification des tribus environnantes (notamment dans le massif de l'Edough) et à la transformation de la ville. En 1891, Bône est devenue une cité moderne, dotée d'infrastructures hospitalières et de voies de communication rayonnant vers Guelma et Constantine.
Conclusion : Traversant les millénaires, Bône s'est affirmée comme un carrefour stratégique et culturel. De comptoir antique à centre religieux universel, elle demeure le témoin privilégié des grandes mutations de l'Afrique du Nord.
