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Histoire statistique de la colonisation et de la population en Algérie

Boudin, Jean-Christian-Marc
publié en 1853

Vingt-trois ans après la conquête d'Alger en 1830, le bilan de la présence française se traduit par une réalité démographique complexe, marquée par des contrastes majeurs entre les populations européennes et indigènes. Au 31 décembre 1851, la population civile européenne s'élève à environ 131 000 individus, répartis de manière quasi égale entre Français et étrangers, principalement originaires du sud de l'Europe (Espagnols, Italiens, Maltais). Si ce chiffre témoigne d'une immigration constante, l'accroissement de la population ne repose pas sur une dynamique naturelle interne. Au contraire, la mortalité européenne reste structurellement préoccupante : le nombre de décès excède systématiquement celui des naissances, avec des taux de mortalité atteignant parfois le double de ceux observés en métropole.

La situation sanitaire constitue l'obstacle majeur à la colonisation. Dans certaines localités et lors de crises épidémiques, la mortalité a pu frapper jusqu'à un Européen sur sept. Parallèlement, les populations indigènes connaissent des évolutions divergentes. En milieu urbain, la population musulmane manifeste une tendance au déclin, confirmée par un excédent marqué des décès sur les naissances. À l'inverse, la communauté juive connaît une croissance notable, tandis que les tribus de l'intérieur, réparties entre le Tell et le Sahara, représentent la grande majorité des habitants avec plus de 2,3 millions de personnes.

Sur le plan social, la structure démographique est déséquilibrée par une forte prédominance masculine chez les Européens (13 000 hommes de plus que de femmes), bien que la nuptialité et la fécondité y soient proportionnellement plus élevées qu'en France.

Conclusion

La colonisation de l'Algérie en 1853 demeure dans une phase de transition critique. Si l'implantation européenne est acquise par l'immigration, elle reste biologiquement fragile face à un climat et des conditions sanitaires qui ne permettent pas encore un renouvellement naturel de la population, face à une masse indigène largement majoritaire.