Histoire générale de la Tunisie. Tome 1. L'antiquité
Slim Hédi - Mahjoubi Ammar
publié en 2010
L’histoire moderne de la Tunisie est marquée par une transition fondamentale entre la désagrégation du royaume hafside et l’intégration au sein de l’Empire ottoman. Au début du XVIe siècle, la dynastie hafside s’effondre sous l’effet de luttes intestines et d’un retard technologique militaire. Cette vulnérabilité attire les convoitises de deux puissances rivales : l’Espagne de Charles-Quint et l’Empire ottoman. Entre 1534 et 1574, le pays devient un champ de bataille majeur où s’affrontent corsaires barbaresques, comme les frères Barberousse, et armadas chrétiennes.
L’installation définitive des Turcs en 1574 met fin à la présence espagnole et transforme la Tunisie en une Régence autonome. Une organisation politique nouvelle se met en place, articulée autour du Pacha, représentant du Sultan, du Diwan (conseil militaire) et de la milice des Janissaires. Progressivement, le pouvoir glisse d'une oligarchie militaire vers un régime dynastique. Les Deys, chefs de la milice, s'imposent d'abord, avant d'être éclipsés au XVIIe siècle par les Beys mouradites. Ces derniers stabilisent le pays, pacifiant les tribus de l'intérieur et favorisant une prospérité économique nourrie par la course méditerranéenne et l'apport des Andalous chassés d'Espagne.
Cette période de trois siècles et demi est le théâtre d'une synthèse culturelle où le mode de vie ottoman (architecture, cuisine, droit hanafite) se greffe sur les traditions locales. Cependant, dès le XIXe siècle, la Tunisie subit une pression européenne croissante, malgré des efforts de modernisation illustrés par le pacte fondamental (Ahd al-Aman) et la création du Collège Sadiki. L'engrenage des difficultés financières et des crises politiques mène inévitablement au traité de 1881, instaurant le protectorat français.
Conclusion La période moderne représente une phase de construction de l'identité tunisienne actuelle. Entre grandeur et dépendance, ces siècles ont jeté les bases d'un État moderne tout en scellant, par le protectorat, la fin de la souveraineté de la Régence au profit des puissances coloniales.