Accéder au contenu principal

Search Mobile


© All rights reserved. Powered by YOOtheme.

Histoire des Mores mudéjares et des Morisques ou des arabes d’Espagne sous la domination des chrétiens. Tome 1

de Circourt Albert (comte)
publié en 1846

L'invasion de la péninsule Ibérique en 711 par les troupes de Tharik-ben-Zeyad marque le début d'une cohabitation complexe entre conquérants musulmans et populations chrétiennes. Ces dernières, désignées sous le nom de Mozarabes, ont bénéficié d'un régime de « servitude tolérable » fondé sur les principes de l'Alcoran, qui protège les « hommes du Livre ». En échange du paiement d'un tribut (capitation et impôt foncier), ils conservèrent leurs propriétés, leur hiérarchie ecclésiastique, leurs lois civiles wisigothiques et le libre exercice de leur culte, bien que limité à l'espace intérieur des églises.

Sous le califat des Ommiades (756-1031), cette tolérance fut un pilier politique. Les souverains de Cordoue, désireux de stabiliser leur empire et de favoriser un essor intellectuel sans précédent, s'appuyèrent sur les Mozarabes. Ces chrétiens devinrent les vecteurs de la science antique et les intermédiaires administratifs indispensables, adoptant la langue arabe et certaines mœurs orientales. Toutefois, cette paix fut ponctuée de crises, comme le mouvement des martyrs de Cordoue au IXe siècle, né de provocations religieuses et de la rigueur de certains émirs face aux révoltes urbaines.

L'équilibre se rompit avec l'arrivée des dynasties africaines, les Almoravides puis les Almohades. Face à la progression de la Reconquête chrétienne, ces nouveaux maîtres durcirent le ton. Soupçonnés de connivence avec les royaumes du Nord, les Mozarabes subirent des déportations massives vers l'Afrique ou furent contraints à l'exil. Au XIIIe siècle, alors que la présence musulmane se réduisait au royaume de Grenade, la communauté mozarabe avait pratiquement disparu, laissant place à une société plus polarisée où les chrétiens n'apparaissaient plus que comme captifs ou négociants de passage.

Conclusion

L'histoire des Mozarabes illustre une expérience de tolérance médiévale pragmatique, où l'intérêt politique a longtemps primé sur le fanatisme. Leur disparition finale souligne l'impossibilité de maintenir une identité intermédiaire face à la radicalisation des conflits territoriaux et religieux de la fin du Moyen Âge.