Histoire des Mores mudéjares et des Morisques ou des arabes d’Espagne sous la domination des chrétiens. Tome 2
de Circourt Albert (comte)
Après la chute de Grenade en 1492, les traités de capitulation garantissaient initialement aux musulmans le respect de leur foi, de leurs biens et de leurs coutumes. Cependant, sous l'influence d'une volonté politique et religieuse inflexible, ces accords furent rapidement bafoués. L'expulsion des Juifs la même année marqua le début d'une ère d'intolérance. Si, dans un premier temps, des figures comme l’archevêque Talavera prônèrent une conversion par la douceur et la charité, l’arrivée au pouvoir de l’archevêque Ximenez de Cisneros radicalisa la situation. Par des méthodes coercitives, l’usage de la force et l’autodafé de milliers de manuscrits arabes à Bibarrambla, il précipita les baptêmes de masse.
Cette violence provoqua l'insurrection de l'Albaycin à Grenade en 1499, laquelle s’étendit rapidement aux massifs des Alpuxares et de la Sierra de Filabres. Malgré une résistance acharnée dans des forteresses naturelles comme Guejar ou Lanjaron, les insurgés furent écrasés par les armées de Ferdinand le Catholique. La répression fut brutale, alternant massacres, mises en esclavage et amnisties conditionnelles. En 1501, le pouvoir royal finit par imposer un choix ultime : le baptême ou l'exil.
Parallèlement à ces bouleversements religieux, l'administration de Grenade fut réformée pour s'aligner sur le modèle castillan. Bien qu'une représentation municipale ait été accordée aux nouveaux convertis, la méfiance mutuelle s'installa durablement. Privés de leurs élites et de leur culture intellectuelle, les Moresques devinrent une minorité surveillée, dont les abjurations, obtenues sous la contrainte, portaient en elles les germes des futurs conflits identitaires de la péninsule.
En conclusion, cette période charnière de l'histoire espagnole illustre le passage d'une conquête militaire à une entreprise de standardisation religieuse et culturelle, où la raison d'État l'emporta sur la foi des traités, transformant définitivement le visage de l'Andalousie.
