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Histoire de l'insurrection dans le sud de la province d'Alger en 1864

Trumelet C. (colonel)
publié en 1879

L'insurrection de 1864 dans le Sud de l'Algérie, s'est soldée par un conflit qui a profondément déstabilisé la présence française dans les régions sahariennes après une décennie de calme relatif.

Le conflit débute brutalement le 8 avril 1864 à Aïn-Bou-Bekr, près de Géryville. Un détachement français commandé par le lieutenant-colonel Beauprêtre est entièrement anéanti après avoir été trahi par ses propres alliés indigènes. Ce succès initial des insurgés, bien que tactiquement limité, frappe les esprits et confère une aura de légitimité au chef de la révolte, le bach-agha Sid Sliman-ben-Hamza. Ce dernier, issu de la prestigieuse famille des Oulad-Sidi-Ech-Chikh, justifie sa défection par des humiliations subies de la part des Bureaux arabes, dénonçant une volonté de l'administration coloniale d'amoindrir son influence traditionnelle.

L'insurrection s'étend rapidement aux tribus nomades du Sahara (Arbaâ, Oulad-Naïl, etc.), poussées par un mélange de ferveur religieuse et d'opportunisme politique. L'armée française, d'abord surprise par l'ampleur du mouvement, organise la riposte sous l'autorité de généraux comme Yousuf et Deligny. Les opérations se caractérisent par une guerre de mouvement épuisante dans des conditions climatiques extrêmes. Plusieurs affrontements majeurs marquent cette période, notamment à Tagguin et Oglet-ez-Zâfran, où les colonnes mobiles tentent de briser la résistance des contingents rebelles.

Parallèlement aux combats, une intense activité diplomatique et administrative se déploie. Les autorités françaises cherchent à maintenir la fidélité des tribus restées neutres et à isoler les chefs de l'insurrection. Cependant, la mort de Sid Mohammed-ould-Hamza en 1865 n'éteint pas la révolte, qui se poursuit sous la direction d'autres membres de la famille, dont Sid El-Ala, l'âme militaire du mouvement.

Pour les populations locales, le coût du conflit est désastreux. Les tribus insurgées, acculées par les colonnes françaises et la disette, voient leurs troupeaux décimés et leurs structures sociales désorganisées. Malgré une pacification progressive à la fin des années 1860, les tensions persistent, nourries par les griefs locaux et les enjeux de contrôle des routes caravanières vers le Gourara.

Conclusion : L'insurrection de 1864 illustre la fragilité des équilibres politiques dans le Sud algérien du XIXe siècle. Elle souligne le fossé persistant entre les ambitions administratives coloniales et les réalités du pouvoir féodal et religieux des grandes familles sahariennes.