Souvenirs de la guerre d'Afrique. Insurrection des Zibans. Zaatcha
Bourseul E. CH.
Vers 1849, la région des Zibans, en Algérie, est le théâtre d’une insurrection majeure qui cristallise les tensions entre l’autorité coloniale et les populations locales. Ce soulèvement est largement impulsé par Bou-Zian, une figure charismatique ayant servi sous Abd-el-Kader, qui exploite le mécontentement né de l’impôt sur les palmiers pour prêcher la guerre sainte. Prétendant avoir reçu une mission divine, il désigne l’oasis de Zaatcha comme le lieu sacré où l’armée française trouvera son tombeau.
Zaatcha n'est pas une simple bourgade, mais une forteresse naturelle et architecturale réputée inviolable. Située au cœur d’une forêt de palmiers presque impénétrable, elle est protégée par un large fossé rempli d'eau et des habitations aux murs crénelés qui obligent les assaillants à mener des combats de rue meurtriers.
Le conflit s'intensifie après l’échec d’une première attaque du colonel Carbuccia et la mort au combat du commandant de Saint-Germain. Face à une insurrection qui menace de gagner toute la province de Constantine, le général Herbillon entreprend un siège en règle avec des troupes d’élite : zouaves, légion étrangère, chasseurs d’Afrique et génie.
Le siège, qui dure cinquante et un jours, est marqué par une violence extrême. Les défenseurs, parmi lesquels se trouvent d’anciens Biskris connaissant bien les méthodes françaises, visent spécifiquement les officiers, causant des pertes lourdes. Les attaques nocturnes des insurgés, armés de torches et de sabres, se heurtent à la résistance disciplinée de l'infanterie dans les tranchées. Malgré l'ouverture de brèches par l'artillerie, les assauts sont repoussés par des feux à bout portant et des obstacles physiques, comme des fossés inondés, où les soldats français sont décimés sans voir l'ennemi.
Conclusion
Le siège de Zaatcha illustre l'âpreté de la guerre d'Afrique, où le fanatisme religieux et la configuration du terrain ont tenu en échec, durant deux mois, une armée régulière moderne. Cette lutte acharnée souligne la difficulté pour une administration coloniale de s'implanter durablement face à une résistance enracinée dans des structures sociales et spirituelles traditionnelles.
