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Sur les psychoses chez les Juifs d'Algérie

Trenga Victor
publié en 1902

Étude des troubles mentaux au sein de la communauté juive d'Algérie (1902)

L'observation clinique des populations urbaines d'Algérie révèle une prédisposition marquée de la communauté juive aux affections neuropsychiques. Les statistiques hospitalières, bien que partielles en raison d'une certaine réticence culturelle face à l'internement, indiquent une proportion d'aliénés nettement supérieure à celle des populations d'origine européenne vivant dans le même milieu.

Un héritage psychique et historique

Cette vulnérabilité semble indissociable d'un "héritage psychique" façonné par une histoire séculaire de contraintes et d'isolement. Descendants des communautés chassées d'Espagne et de Majorque, les Juifs d'Algérie ont conservé une identité rigoureuse, maintenue par des mœurs spécifiques et un confinement social prolongé sous les dominations successives. Ce passé, marqué par une alternance d'instabilité économique et de traumatismes liés à l'insécurité, a engendré un état de "dégénérescence héréditaire". Il se manifeste par un déséquilibre émotionnel, oscillant entre une vive exaltation et une passivité résignée.

Caractéristiques des pathologies

Les psychoses observées se distinguent par leur polymorphisme et leur fugacité. Contrairement aux délires chroniques à évolution lente, les crises surviennent souvent de manière brutale et disparaissent tout aussi soudainement. Les thématiques de la persécution et de l'ambition prédominent. Un fait notable est la rareté du suicide, contrastant avec les statistiques européennes ; ce phénomène s'expliquerait par une obéissance religieuse stricte et un fatalisme ancré qui préserve l'individu de l'acte autodestructeur.

Facteurs aggravants : Alcoolisme et Consanguinité

Deux facteurs environnementaux majeurs accentuent ces prépositions:

  • L'alcoolisme : Contrairement aux observations faites sur d'autres populations juives, celle d'Algérie présente un alcoolisme ancien et vivace (consommation de mahia ou d'anisette), qui agit comme un révélateur et un aggravateur des troubles mentaux.
  • La consanguinité : Le caractère fermé des communautés et la fréquence des unions entre parents proches ont favorisé la transmission de tares héréditaires, tant somatiques (malformations) que psychiques.

Conclusion

La prévalence des troubles mentaux chez les Juifs d'Algérie au tournant du siècle apparaît comme la résultante d'un atavisme historique douloureux et de pratiques sociales endogames. Cette étude souligne l'influence déterminante du milieu et de l'histoire d'un groupe sur son profil pathologique global.