Bulletin agricole de l'Algérie et de la Tunisie. 5° année. N° 1
Trabut D & Marès R
L’évolution et la modernisation agricole en Afrique du Nord à la fin du XIXe siècle
À l'aube de l'année 1899, le secteur agricole et viticole en Afrique du Nord connaît d'importantes mutations structurelles et techniques, oscillant entre des perspectives de forte croissance et d'importants défis sanitaires. La viticulture, pilier économique majeur, fait face à la menace persistante du phylloxéra. Bien que certaines zones, notamment dans la province d'Alger, demeurent temporairement préservées, la propagation du parasite impose une révision des stratégies de défense. Le passage d'une politique d'éradication stricte à une stratégie de libre reconstitution des vignobles par l’importation réglementée de plants américains résistants marque un tournant décisif pour la pérennité de la filière.
Parallèlement, la modernisation des pratiques culturales s'appuie fortement sur les innovations scientifiques et chimiques. Pour contrer les fléaux parasitaires tels que l'altise ou la cochylis, l'accent est mis sur le développement de traitements microbiologiques et l'usage de formules chimiques combinant acide arsénieux, sulfate de cuivre et chaux vive. La transition vers des méthodes de vinification scientifiques, inspirées des découvertes de Louis Pasteur sur les ferments, permet une amélioration notable de la qualité des vins grâce à la pasteurisation des moûts et à l’usage de levures sélectionnées.
Enfin, la diversification des cultures — incluant l’essor de l'oléiculture dans les zones arides, la culture du tabac, ainsi que des essais d'acclimatation d'espèces fruitières et maraîchères — témoigne d'une volonté globale d'optimiser le rendement des terres. Cette dynamique de progrès est soutenue par l’introduction de machines agricoles modernes et la structuration d’un enseignement agronomique spécialisé destiné à encadrer les exploitants.
Conclusion La fin du XIXe siècle se caractérise par une rationalisation scientifique de l’agriculture. En combinant innovations biologiques, réglementations sanitaires strictes et mécanisation, la région jette les bases d'une économie agraire moderne, capable de surmonter les crises parasitaires pour s'imposer sur les marchés internationaux.
