Discussion sur Alger. Discours prononcé à la Chambre des députés, dans la séance du 26 avril 1837
LAMARTINE Alphonse
Dans son discours prononcé à la Chambre des députés le 26 avril 1837, Alphonse de Lamartine examine la politique française menée à Alger depuis la conquête de 1830 et en conteste la cohérence, l’efficacité et les fondements moraux. Il distingue d’emblée la responsabilité des systèmes de celle des individus : selon lui, les soldats et les chefs militaires exécutent des ordres, tandis que la responsabilité réelle incombe aux gouvernements successifs qui ont conçu et maintenu la stratégie suivie.
Lamartine critique ce qu’il appelle un « système d’expéditions », caractérisé par des opérations militaires répétées, coûteuses en vies humaines et en ressources, sans objectif politique clair ni perspective durable. Il estime que cette méthode engendre violences, destructions et déplacements de populations, sans produire de pacification réelle ni de bénéfices durables pour la France. L’orateur rejette l’idée selon laquelle la guerre pourrait servir de mode de colonisation : conquérir n’équivaut ni à administrer, ni à civiliser.
Il s’oppose également aux discours qui promettent une prospérité économique rapide grâce à la colonisation, jugeant ces attentes illusoires. Selon lui, la structure sociale, économique et culturelle des populations arabes et kabyles rend improbable une colonisation agricole de type européen à grande échelle. Il insiste sur la permanence des sociétés locales, façonnées par l’histoire, le mode de vie et le rapport à la terre, que la contrainte militaire ne peut transformer durablement.
Lamartine refuse cependant l’abandon pur et simple de l’Algérie. Il défend une troisième voie : conserver une présence française limitée, fondée sur des positions stratégiques restreintes, une administration stable, la paix armée et le respect des populations, plutôt que sur la conquête totale du territoire. Il appelle ainsi à substituer à la logique de guerre permanente une politique réfléchie, mesurée et responsable, seule capable de préserver à la fois l’honneur, les intérêts et la stabilité de la France.
