Histoire médicale de l'Algérie. Conceptions des médecins concernant les Fièvres endémo-épidémiques
Tubiana Charles
La thèse de Charles Tubiana, soutenue en 1920, propose un aperçu de l’histoire médicale de l’Algérie au moment de la conquête française, en se concentrant sur les conceptions des médecins concernant les fièvres endémo-épidémiques. L’auteur s’inscrit dans une perspective historique et descriptive, visant à comprendre comment les médecins militaires et civils ont interprété ces maladies dans un contexte nouveau et mal connu.
Tubiana décrit d’abord l’état sanitaire de l’Algérie vers 1830. Les conditions d’hygiène y sont jugées précaires, tant chez les populations locales que chez les troupes européennes. Les villes, mal aérées et insalubres, les campagnes marécageuses et le climat sont considérés comme des facteurs majeurs de morbidité. Les fièvres intermittentes et continues dominent la pathologie observée, avec une mortalité particulièrement élevée parmi les soldats récemment arrivés. L’auteur souligne que cette surmortalité est attribuée à l’acclimatation difficile, aux fatigues militaires et à l’exposition à un milieu jugé pathogène.
La thèse analyse ensuite les doctrines médicales en vigueur chez les médecins de l’armée d’Afrique. Elle montre l’influence persistante du broussaisisme, qui explique les maladies par des phénomènes d’irritation et d’inflammation, notamment digestives. Cette approche conduit à privilégier certaines pratiques thérapeutiques, telles que les saignées, les régimes sévères et l’usage prudent des stimulants.
Tubiana expose enfin l’évolution progressive des conceptions médicales : les médecins reconnaissent peu à peu le rôle combiné du climat, des miasmes, de la topographie et des conditions de vie, sans disposer encore d’une théorie microbiologique aboutie. L’emploi de la quinine s’impose progressivement comme traitement majeur des fièvres palustres, bien que son usage reste longtemps débattu et encadré. L’ensemble du travail met en lumière une médecine en transition, cherchant à adapter ses cadres théoriques et pratiques à la réalité sanitaire de l’Algérie du XIXᵉ siècle
